Elles sont fâchées. Et elles le disent. Devant le bâtiment Juste Lipse du Conseil européen à Bruxelles, une vingtaine d’europarlementaires ont manifesté mercredi leur rejet du huis clos «masculin» qui a, selon elles, précédé la tenue, ce jeudi soir, du sommet extraordinaire des Vingt-Sept consacré aux nominations à la tête de l’UE.

«Nous ne sommes pas énervées: nous sommes furieuses!», assène l’eurodéputée allemande Rebecca Harms, coprésidente du groupe des Verts avec Daniel Cohn-Bendit. Lequel parle, lui, d’une «caricature de démocratie»: «Le pire, ce serait d’avoir au final un tandem Blair-Barroso confiait-il au Temps à la mi-octobre, lorsque le nom de l’ancien premier ministre britannique a commencé à circuler pour le poste de président du Conseil. Imaginez une élection populaire: croyez-vous que l’un comme l’autre, plombés par la guerre en Irak et le très maigre bilan de la Commission sortante, pourraient l’emporter?»

Frustrés donc, les citoyens et les tenant(e) s de la parité? «Plus que frustrés, assommés», répond l’entourage de la vice-présidente sortante de la Commission, la Suédoise Margot Wallström, auteur d’une tribune en ce sens dans le Financial Times, avec la commissaire néerlandaise Nelly Kroes et l’eurodéputée britannique Diana Wallis.

La contre-offensive féminine, d’ailleurs, est tout sauf terminée. Pied de nez au sommet qui démarrera, lui, vers 19 heures, une conférence sur «L’Europe au féminin: pour une vraie parité» se tient aujourd’hui au Parlement européen. Avec, en vedette, l’ex-présidente lettone Vaira Vike-Freiberga, l’une des rares candidates citée. Et en présence du président réélu de la Commission José Manuel Barroso, inquiet des conséquences de cette irritation féminine lors des auditions de son équipe par l’Europarlement (261 élues sur 736), en décembre et janvier: «Il craint de payer la facture du machisme ambiant», explique une ses conseillères. Au point que l’ancien premier ministre portugais a écrit aux chefs d’Etat et de gouvernement pour réclamer plus de candidates. Elles seraient, au final, 8 sur 27 commissaires.

Le problème est que la parité, comme la transparence, ne sont pas inscrites dans le Traité de Lisbonne. Ce dernier crée un président «stable» du Conseil et donne des pouvoirs étoffés au haut représentant de l’UE pour les Affaires étrangères, mais n’impose en rien des candidatures publiques. Bien que son nom soit partout, Tony Blair est ainsi resté muet. Comme le premier ministre belge Herman Van Rompuy souvent donné favori.

«C’est dans les actes que cette démocratisation doit avoir lieu. Puisqu’elle n’est pas écrite, il faut l’obtenir», rétorque l’eurodéputée française Sylvie Goulard. Les partisans d’un débat public, voire d’une campagne électorale, comme l’influente Fondation Robert Schuman, regrettent donc que le premier ministre suédois Fredrick Reinfeldt, dont le pays préside l’UE, ait justifié les non-candidatures sous prétexte qu’aucun «chef de gouvernement ou ministre en fonction n’acceptera de se dévoiler s’il n’est pas sûr d’obtenir le poste». Un problème, selon un ambassadeur: «Nos dirigeants disent vouloir plus de visibilité pour l’UE, mais ne veulent pas prendre de risques pour la diriger. Bizarre non?»

Certains, d’ailleurs, sont plus critiqués que d’autres. Angela Merkel, seule membre permanente du Conseil européen – les deux autres femmes présentes, les cheffes d’Etat finlandaise Tarja Halonen et lituanienne Dalia Grybauskaite se partagent la tâche avec leurs premiers ministres… masculins – est accusée de ne pas défendre la parité. Même si, estiment les optimistes, «le sommet de ce soir peut encore rectifier les erreurs commises jusque-là».

Le problème est que la parité, comme la transparence, ne sont pas inscrites dans le Traité de Lisbonne