Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
Devant le Conseil européen, jeudi après-midi. (Reuters)
© FRANCOIS LENOIR

Revue de presse

Le «non» wallon à l’accord de libre-échange avec le Canada déchaîne les passions

Hier soir à Bruxelles, le gouvernement régional de la Wallonie a maintenu son opposition au traité de libre-échange européen avec le Canada, bloquant tout le texte. La Commission et les milieux d’affaires s’inquiètent, les antimondialistes exultent. D’ultimes négociations sont encore prévues tout le week-end. La presse est partagée

Le psychodrame de la nuit dernière était annoncé. Voilà des semaines que le patron du gouvernement wallon Paul Magnette envoyait des signaux de fumée noire sur son compte Twitter: il ne donnerait pas son accord au gouvernement fédéral belge pour signer le CETA, ce traité de libre-échange entre l’Union européenne et le Canada. Il avait enfoncé le clou encore la semaine dernière: «La manière de faire les traités doit changer. Si on n’a rien à cacher, pourquoi tant de secrets?»

Aucune surprise donc, avec ce couperet tombé en toute fin de soirée, lors d’une conférence de presse organisée vers 23h00. Le Soir cite les propos du Wallon: «Nous nous sommes réunis en réunion extraordinaire pour partager nos analyses des documents transmis par la Commission. Nous avons aussi reçu une lettre de Jean-Claude Juncker, le président de la Commission qui a été examinée […] Des progrès ont été faits mais pour nous à ce stade, les avancées ne sont pas suffisantes, notamment dans les questions qui concernent les entreprises américaines, par exemple, qui sont installées au Canada et qui bénéficieraient du système». Conclusion en forme d’éditorial du journal: Didier Reynders, le ministre des Affaires étrangères, peut ranger son stylo.

Et pas seulement lui. RTL précise: Pour le président de la Commission, «c’est devenu une priorité»: convaincre la Wallonie de dire oui, aujourd’hui. «Nous avons besoin de cet accord commercial avec le Canada. C’est le meilleur que nous n’avons jamais conclu, et si nous ne sommes pas capables de conclure un accord commercial avec le Canada, je ne vois pas comment il serait possible d’avoir des accords commerciaux avec d’autres parties du monde.»

De fait, «l’angoisse de tous les responsables européens est que le sacrifice d’un accord dans son ultime ligne droite, alors que celui-ci a donné lieu à cinq années d’intenses négociations, envoie au monde entier un signal déplorable, démontrant que la Commission européenne n’a plus les moyens de son action en la matière», traduisent Les Echos.

D’où les intenses pressions qu’a subies le Wallon. «Paul Magnette n’a pas fait mystère «des menaces à peine voilées» auxquelles la Wallonie est soumise, écrit «Le Soir». Mais c’est au nom des principes que la Région s’avère intransigeante: la démocratie mise à l’honneur au cours de nombreuses heures de débats parlementaires et le respect des attentes de la société civile dans un monde où la rupture entre les citoyens et la politique est largement consommée.»

La chronique: «Les juges étrangers de la globalisation», par Joëlle Kuntz

«Avancées pas suffisantes»

Paul Magnette reconnaît bien qu’il y a eu «des avancées» sur divers points dans Le Monde (clauses sociales et environnementales, principe de précaution, droits de l’homme); mais il les juge «insuffisantes dans le domaine agricole, les services publics ou les mécanismes d’arbitrage en cas de conflit entre les Etats et des multinationales». Encore une histoire de démocratie et de justice – et une thématique de juges étrangers qui est familière de ce côté-ci du Jura. Politico aussi détaille les concessions déjà obtenues par les Wallons, concernant «l’importation de bœuf aux hormones […], les OGM, les appels d’offres publics…». La Commission a «déclaré que les sociétés qui pourraient profiter du CETA ne seraient que celles qui avaient un lien effectif et continu avec l’économie canadienne»: pas de cheval de Troie pour les entreprises américaines donc. De quoi pousser le président du Conseil européen Daniel Tusk à en appeler au «sens du compromis légendaire» des Belges.

Mais le Wallon a dit «non». La presse altermondialiste exulte – comme Bastamag. Alors que la question est posée. Une petite région peut-elle s’opposer à 28 pays, même si c’est celle qui a donné Hergé et Magritte au monde? Le caillou wallon peut-il mettre à l’arrêt la chaussure européenne? «Il faut se rendre à l’évidence: la petite région belge s’est comportée en adulte, pas en victime consentante d’une Europe bulldozer. Cela force au moins le respect et cela inspirera peut-être d’autres autorités politiques» estime Le Soir. «La particularité wallonne, c’est que notre parlement a voulu utiliser ses prérogatives. Et que cela plaise ou non, cette assemblée a le même pouvoir constitutionnel qu’un Etat membre», se justifie le ministre-président toujours dans Le Monde, soulignant que «ce qui alimente aujourd’hui la crise de l’Europe, c’est la manière de négocier des textes d’une telle importance». Les francophones belges n’ont-ils pas trop tardé à exprimer leurs griefs? «Non. Nous avons reçu la version définitive il y a moins d’un an et j’ai alerté la commissaire sur tous les problèmes qu’il nous posait dès le 2 octobre 2015. La première réaction m’est parvenue le 4 octobre… 2016, à vingt-trois jours du sommet avec le Canada.» Ambiance…

Car, oui, il y a bien un sommet prévu, le sémillant Justin Trudeau pour une fois placé dans le camp des méchants est toujours invité jeudi prochain, 27 octobre, pour la signature du CETA. «Pour d’élémentaires raisons de courtoisie, les Européens considèrent que si ce voyage doit être annulé, cela ne pourra pas se faire après lundi, expliquent Les Echos. Le week-end pourrait donc être intense, d’autant que dès ce vendredi matin, Paul Magnette devrait rencontrer directement la ministre canadienne du Commerce». «A l’Elysette», précise RTL.

Faire l’histoire?

Sur la Toile en tout cas, où les antilibéraux sont traditionnellement très loquaces et organisés, le coup d’éclat des Wallons est salué. Cette semaine déjà, le compte Twitter du ministre des Affaires étrangères a été piraté, avec un «Fuck you Canada» du plus mauvais effet. Négociations opaques et donnant trop de pouvoir aux compagnies, rappel que 80 eurodéputés ont signé un appel en soutien des Wallons… «Vous faites l’Histoire… Ne cédez pas… Nous sommes avec vous» écrivent des centaines d’anonymes, qui diffusent des appels à signer des pétitions.

Il y a le fond du dossier, qui divise – le libre-échange est-il une bonne chose? Le CETA n’est-il pas un cheval de Troie du TAFTA, l’accord de libre-échange avec les Américains? Les réponses divergent. Il y a aussi les analystes qui pointent les calculs de politique interne de Paul Magnette.

Mais sur la forme des négociations, les voix sont majoritaires pour dire qu’elles ont été opaques voire non démocratiques. Le Vif L’Express analyse: «En barrant le CETA, la Wallonie se la joue Astérix le Gaulois. Au-delà de l’image sympathique, cette opposition francophone, très critiquée par l’UE et le gouvernement canadien, constitue un révélateur de l’état de santé démocratique de l’Europe. Diagnostic: pas brillant […] Est-ce choquant de refuser d’avaliser un accord au moment de le signer? Pourquoi alors demander aux Etats (et aux régions qui les composent) de parapher un tel accord si la possibilité de dire «non, il faut continuer à discuter» semble si choquante? Cela revient à dire que l’exercice démocratique lui-même est choquant […] Ce sont donc plutôt les pressions, les ultimatums et les menaces à peine voilées, de la Commission européenne sur Paul Magnette qui s’avèrent indignes. Et surtout aveugles. Car les institutions européennes n’ont jamais semblé aussi éloignées des citoyens qu’aujourd’hui, le Brexit l’ayant démontré de manière remarquable.»

«C’est étonnant de voir que la Commission essaie de tordre le bras à la Wallonie alors qu’elle ne fait pas la moitié de ces efforts en Hongrie et en Pologne, où les valeurs européennes sont piétinées. Ce n’est pas une façon de restaurer la confiance en l’Europe, commente à son tour le politologue Jean-Michel DeWaele sur le site Euractive. Si la Commission trouve un moyen légal pour passer outre la Wallonie, cela ne fera qu’éroder un peu plus la confiance en l’Europe dans une région traditionnellement europhile». Et de conseiller de renvoyer la signature à un peu plus tard, en décembre. «Les Wallons ont eu le culot d’examiner le texte à fond et d’en débattre, ils nous font à nous tous une faveur», estime l’économiste Paul de Clerck, des Amis de la Terre Europe, sur le même site.

Le coup de sang wallon en tout cas rallume aussi des guerres intestines en Belgique, puisque le reste du pays est partisan du CETA:

Publicité
Publicité

La dernière vidéo monde

La Corée du Nord organise le plus grand show du monde. Mais pourquoi?

Cela faisait 5 ans que le pays adepte des grandes démonstrations de force n'avait plus organisé ses «jeux de masse», où gymnastes et militaires se succèdent pour créer des tableaux vivants devant plus de 150 000 spectacteurs. Pourquoi ce retour?

La Corée du Nord organise le plus grand show du monde. Mais pourquoi?

n/a