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Le dirigeant national de la Ligue du Nord, Matteo Salvini, après la victoire de son mouvement lors des deux référendums de dimanche.
© Luca Bruno/AP Photo

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Le Nord de l’Italie rêve d’un «nouveau régionalisme»

Au lendemain du succès de ses référendums sur l’autonomie en Lombardie et en Vénétie, la Ligue du Nord exulte. Les négociations avec le gouvernement doivent encore s’ouvrir, mais elle voit déjà son modèle de régionalisme s’étendre dans toute la botte

Cette victoire «consolide notre force pour lancer un nouveau régionalisme» en Italie, exulte le président de la Lombardie, Roberto Maroni, quelques heures après la publication des résultats des référendums consultatifs dans sa région et en Vénétie voisine. Le succès du oui est écrasant. Respectivement 95% et 98% des votants se sont prononcés dimanche en faveur du lancement de négociations entre l’Etat et leur région pour réclamer plus d’autonomie.

«L’Histoire commence à changer»

Les deux gouverneurs issus de la Ligue du Nord sont maintenant attendus dans la capitale, dont la mission doit d’abord être validée par les Conseils régionaux. Une formalité, la demande d’autonomie étant soutenu par tous les principaux partis. «L’Histoire commence à changer», s’est réjoui Luca Zaia, à la tête de la Vénétie, après avoir réuni son exécutif dans la matinée lundi pour lancer la procédure. Sa résolution est «le contrat que nous proposerons au gouvernement» national, a-t-il détaillé. Le président du Conseil des ministres, Paolo Gentiloni, a dans le même temps confirmé, selon Roberto Maroni, son accord au lancement de discussions.

La réussite dans les urnes des consultations n’est pas une surprise. Le réel enjeu était de savoir si les citoyens étaient suffisamment intéressés par cette problématique chère au parti autonomiste. Ce dernier enregistre ici une autre victoire, les taux de participation dépassant largement les attentes.

Il s’élève à 57% en Vénétie et à 39% en Lombardie. Roberto Maroni espérait qu’au moins un tiers des Lombards irait voter pour dépasser le nombre de personnes s’étant prononcé lors du référendum en 2001 pour la réforme, acceptée, de la Constitution.

Plus de pouvoirs 

Depuis seize ans, une modification du texte permet en effet à une «région intéressée» de demander des «formes ultérieures et des conditions particulières d’autonomie» sur une vingtaine de compétences «concurrentes» entre Etat et régions, soit des domaines administrés en coopération entre les deux niveaux institutionnels, et sur trois compétences exclusives de l’exécutif national. Près de cinq millions et demi de personnes ont ainsi donné mandat aux deux présidents pour réclamer plus de pouvoirs législatifs et administratifs. Ils les réclament tous.

Que se passera-t-il une fois que les deux hommes seront dans les chambres des palais romains? «Techniquement, pour demander plus d’autonomie, il n’y a rien de clairement défini», répond Alessandro Mangia, professeur de droit constitutionnel à l’Université catholique du Sacré-Cœur de Milan. La Constitution n’indique pas la marche à suivre. Mais la Lombardie et la Vénétie pourront suivre la route qu’est en train de tracer l’Emilie-Romagne.

Le gouverneur de la région menée par le Parti démocrate, Stefano Bonaccini, a signé le 18 octobre dernier une déclaration d’intention avec le premier ministre pour lancer des tractations en vue d’obtenir plus d’autonomie. Contrairement à ses homologues lombard et vénitien, le président émilien-romagnol n’a pas choisi la voie référendaire. Elle n’est pas imposée par la loi. Les gouverneurs de la Ligue du Nord ont soumis leur volonté au référendum pour se voir renforcés du soutien populaire lors des négociations.

Autonomie fiscale en question

L’Emilie-Romagne demande à gérer quatre domaines seulement, dont le travail et la santé. La très courte déclaration d’intention indique que les négociations se tiendront sous «forme bilatérale» avec les «ministres concernés». Avec l’autonomie, la région espère obtenir des «ressources certaines». Le financement des nouvelles compétences doit aussi faire partie des discussions. «Il est possible qu’il s’agisse de quelques milliards» d’euros, lâche Stefano Bonaccini.

Ses prétentions financières sont bien en deçà de celles de la Lombardie et de la Vénétie. La première veut garder dans ses caisses 27 milliards d’euros, soit la moitié du «résidu fiscal», la différence entre ce que versent les citoyens à l’Etat et ce qu’ils reçoivent en retour en dépenses publiques.

La seconde vise à garder chez elle neuf dixième des taxes. Or la fiscalité n’est pas incluse dans les négociations prévues par la Constitution. «Nous ne parlerons pas d’autonomie fiscale», a prévenu Gianclaudio Bressa, sous-secrétaire pour les Affaires régionales. «Il faudrait pour cela une réforme constitutionnelle, précise le professeur Alessandro Mangia. Un tel choix ne serait pas laissé entre les mains des régions, mais entre celles du corps électoral national.»

Grossir le rang des privilégiés

Le gouverneur Luca Zaia a déjà écrit un projet de loi afin que sa région obtienne un statut spécial sur le modèle de la Sicile ou du Trentin-Haut-Adige notamment. Depuis 1948, cinq régions profitent en effet d’un régime fiscal particulier qu’envient la Lombardie et la Vénétie.

Le président lombard Roberto Maroni entend faire grossir ce groupe privilégié. Il voit déjà son «nouveau régionalisme» s’étendre à toute la péninsule. Il a l’aide de Silvio Berlusconi, l’ancien premier ministre, qui a promis d’en faire un thème de campagne des prochaines élections législatives du printemps prochain.

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