«Non, il n'y a aucune surprise. Nous allons vers un référendum au Sud-Soudan. La population y décidera si elle veut la sécession ou si elle veut rester au sein de la république.» Paroles sans ambages de Qasim A. Idriss ambassadeur du Soudan auprès des Nations unies à Genève. Il confirme ainsi la déclaration du chef d'Etat Omar Hassan al-Bashir faite lors d'une interview accordée à la télévision qatari ce week-end. Des propos immédiatement relayés à Khartoum par la télévision nationale soudanaise ainsi que par la presse nationale. «Le processus est lancé et les autorités sont décidées à accepter le verdict de la population au Sud-Soudan», ajoute Idriss. Cette guerre coûte 1,5 million de dollars par jour, soit la moitié du budget de l'Etat.

«Une sécession qui nous ramène la paix est préférable qu'une fausse unité avec une guerre sans fin. Le gouvernement travaille sur cette option avec l'Armée de libération des peuples du Soudan (ALPS, le principal mouvement de résistance, dirigé par John Garang, n.d.l.r.)», a déclaré en substance le président soudanais. Selon l'ambassadeur Idriss, le principe d'une sécession a été énoncé la première fois en avril 1996 dans une charte signée par le gouvernement et la rébellion dans le cadre de l'IGAD – l'organisation intergouvernementale pour le développement de l'Afrique de l'Est, chargée du dossier de paix au Soudan. Cette charte prévoit une période de transition où les partis en conflit rangeraient leurs armes, et qui s'achèverait par un référendum sur le statut du Sud-Soudan. Sur le terrain, l'ALPS et le gouvernement viennent de prolonger le cessez-le-feu décrété il y a six mois.

Le conflit entre le Sud et le Nord date d'avant l'indépendance du Soudan en 1956. Mais la rivalité s'est définitivement cristallisée dès 1983 avec l'introduction de la loi islamique – la charria – à tout le pays. Seize ans de guerre civile ont fait 2 millions de morts et au moins un demi-million d'exilés. Pour l'ALPS, cette guerre est imposée par le Nord islamique contre le Sud chrétien ou animiste. La principale revendication de cette organisation était davantage d'autonomie et de démocratie non seulement dans le Sud mais aussi dans le reste du pays. Ses dirigeants ne parlent que depuis quelques années d'indépendance.

A Genève, Hassan Ba, directeur de Synergies Africa, une organisation de promotion de la paix en Afrique, craint que cette sécession – la naissance d'un nouvel Etat – ait des répercussions géopolitiques en Afrique centrale. «Mais on voit que, depuis deux ans, les Soudanais prennent l'initiative et qu'ils ont une vision. Le référendum doit être transparent et il ne faut pas être frileux sur l'envie des populations à décider de leur sort», déclare-t-il. Et d'ajouter: «La sécession est peut-être la seule voie pour arrêter le carnage.»

En effet, classé comme un Etat terroriste par les Etats-Unis, le Soudan est considéré infréquentable depuis des années. Le chef spirituel du régime, Hassan al-Tourabi cherche à rassembler le mouvement islamiste mondial et à le mobiliser dans l'affrontement contre l'Occident. Mais il est aussi vrai que depuis peu, Khartoum multiplie des initiatives diplomatiques pour redorer son blason. Dernier acte: un rapporteur spécial de l'ONU est actuellement sur place pour enquêter sur la situation des droits de l'homme. Selon le bulletin d'information du mois publié par l'ambassade du Soudan à Paris, il n'y aurait plus aucun détenu politique dans le pays et que le régime s'apprêtait à autoriser des radios et des télévisions privées «pour démocratiser ce secteur jadis monopolisé par l'Etat».

«Aussi longtemps qu'il n'y a pas de date fixée pour le référendum, nous n'avons aucune confiance dans la proposition d'al-Bashir», déclare Bona Malwal, un ancien ministre de la Culture, d'origine sud-soudanaise et réfugié à Londres. Et d'ajouter: «Nous voulons l'indépendance et nous sommes prêts à assumer notre avenir. Mais nous craignons que cette proposition vise avant tout à diviser les différents mouvements politiques au Sud-Soudan.»