Abbas, 26 ans, est étudiant à l'Université Khadje Nasir de Téhéran. Membre de l'association islamique de son établissement, il encadre depuis six jours le mouvement de révolte apparu dans les rues de la capitale. Ou plutôt il essaie de l'encadrer. Car ceux qui ont lancé les manifestations jeudi dernier sont en train de se faire déborder par des éléments plus radicaux.

Le Temps: Jusqu'où irez-vous?

Abbas: Notre but n'a jamais été le désordre. Nous avons manifesté pacifiquement contre la fermeture d'un journal jeudi dernier mais les fanatiques du Hezbollah ont tué cinq des nôtres. Ils doivent être punis, la loi doit être la même pour tous. Sinon, nos frères iront très loin. Beaucoup disent qu'ils n'ont pas peur de la mort. Lundi soir encore, 300 membres du Hezbollah ont envahi nos dortoirs près de la place Vanak pour nous terroriser, brûler nos livres, arracher les photos que nous avions de nos frères blessés depuis le début des troubles.

– Avez-vous perdu le contrôle de vos troupes?

– L'association a lancé des appels au calme. Mais comment rester calme quand les forces de l'ordre coopèrent ouvertement avec les milices fanatiques? Quand des jeunes se font bastonner parce qu'ils parlent de la société civile promise par le président Khatami? Les manifestations de mardi étaient interdites mais nous n'avons pas pu empêcher les étudiants de descendre dans la rue. Nous leur avons demandé de rester sur le campus mais ils sont partis en ville. Ils sont exaspérés depuis des années.

– Comment mettre un terme aux troubles?

– Il faut répondre à nos exigences. Licenciement et punition du chef des forces de l'ordre, obsèques publiques pour nos martyrs et des excuses du Guide de la Révolution. Si rien ne se fait, la situation peut dégénérer très vite. Il faudra aussi libérer tous les prisonniers, déclarer le 15 juillet journée de deuil national, rouvrir le journal Salam, supprimer la nouvelle loi sur la presse et nous rendre Mohsen Kadivar (un religieux libéral condamné en avril à 18 mois de prison pour avoir critiqué la nature despotique du régime, n.d.l.r.). Certains exigent aussi la levée des sanctions contre l'ayatollah Montazeri (principal dissident du pays, en résidence surveillée).

– Vous êtes déçu par l'attitude du président?

– Nous essayons de le comprendre. Khatami n'a aucun pouvoir sur les religieux fanatiques. S'il n'intervient pas pour nous, c'est qu'il risque son poste, comme Bani Sadr en 1981.

Propos recueillis par S. M.