Etats-Unis

«Not my president!», la rébellion des anti-Trump

Des milliers d’Américains qui ne se reconnaissent pas dans leur nouveau président descendent dans la rue. Et s’en prennent au système électoral, Hillary Clinton ayant remporté la majorité des voix. Le mouvement insurrectionnel pourrait prendre de l’ampleur

Le malaise est palpable. Et la rue se fait entendre. Après l’élection de Donald Trump, l’Amérique est divisée, la cassure profonde. Certains, résignés, font en quelque sorte déjà leur deuil, ou songent à s’exiler. Mais d’autres, en colère, appellent à la mobilisation et tiennent à faire entendre leur voix. Le poing levé.

«Je ne pouvais pas rester les bras croisés»

C’est le cas de Brian, un jeune étudiant rencontré dans un café de Brooklyn. «Je devais en être», souligne-t-il. «Je ne pouvais pas rester les bras croisés. Cette campagne a été exécrable. J’ai besoin de faire savoir que je ne me reconnais pas en ce président, xénophobe et sexiste, qui pourrait être un danger pour la démocratie».

Il fait allusion à la grande manifestation qui a eu lieu mercredi soir à Manhattan. Plusieurs milliers d’Américains, des jeunes surtout, ont répondu à l’appel du groupe «Socialist Alternative NYC» et de l’association progressiste MoveOn.org pour protester contre l’élection de Donald Trump, qu’ils n’avaient pas voulu voir venir. Ils se sont réunis à Union Square, avant de remonter vers la Trump Tower, toujours sous haute protection, où habite le milliardaire new-yorkais.

Même protestation dans plusieurs villes du pays

C’est le bras levé, les pancartes tournées vers le ciel, certains accrochés à des échafaudages, qu’ils ont scandé en boucle: «Not my president!» ou «It’s not my choice!», en bloquant la prestigieuse 5e avenue. Même scène devant la Maison Blanche, à Washington, et dans d’autres grandes villes du pays, mobilisés par des groupes de pression et ONG qui promettent de ne pas baisser les bras. Malgré l’appel à l’unité et au calme de Barack Obama et d’Hillary Clinton. Du jamais vu au lendemain d’une élection présidentielle. «Pas de Trump, pas de KKK, pas d’Amérique fasciste», pouvait-on lire sur certaines pancartes. Des regroupements ont aussi eu lieu dans des villes plus petites, traditionnellement républicaines, comme Dallas, au Texas, ou Kansas City, dans le Missouri.

Les Américains en colère, dont de nombreux partisans de Bernie Sanders, manifestent contre Donald Trump et ses valeurs, dans lesquels ils ne se reconnaissent pas. Les protestataires regroupent des militants aussi divers que le mouvement Black Lives Matter ou Color of Change, ceux qui s’opposent à la construction d’un pipeline dans le Dakota du Nord en terres sioux, des mouvements féministes contre les harcèlements sexuels, la majorité des Afro-américains – seuls 8% auraient voté pour Donald Trump – ou encore des immigrants illégaux, latinos surtout, qui craignent d’être expulsés.

Plus de 120 personnes ont été arrêtées. A Portland, dans l’Oregon, des manifestants agités ont même brûlé le drapeau américain. Et des marionnettes à l’effigie de Donald Trump. Des fonctionnaires de police, pris à partie par des manifestants, ont été blessés à Oakland, en Californie.

Un mouvement qui semble grandir

Sur les réseaux sociaux, le hashtag #Notmypresident regroupe une communauté toujours plus importante, et les tweets se multipliaient au moment même où Barack Obama recevait ce jeudi Donald Trump à la Maison Blanche. Si c’est une Amérique en colère qui est à l’origine de l’élection du républicain, une autre Amérique en colère veut faire savoir qu’elle n’est pas d’accord. Et ce mouvement insurrectionnel, dans la rue et sur les réseaux, semble bien prendre de l’ampleur. Le slogan «Not my president» n’est pas tout à fait neuf, puisqu’il est apparu sous George W. Bush, et s’était propagé après l’invasion de l’Irak. Il a aussi été utilisé contre Barack Obama, par des suprématistes blancs. Mais avec Donald Trump, et à l’ère des réseaux sociaux, il prend une dimension nouvelle.

«Tous ceux qui ne sont pas Blancs ne se sentent plus vraiment en sécurité. Nous sommes solidaires avec les minorités. J’ai peur pour ces quatre prochaines années», résume Judith, une femme au foyer blanche. La rage vise aussi le système électoral indirect américain. Donald Trump a bien remporté 290 grands électeurs, contre 228 pour Hillary Clinton. Mais selon les chiffres provisoires, la démocrate a 200 000 voix d’avance et serait donc présidente au suffrage universel. Nombreux se mettent donc à rêver que le 19 décembre, jour où les grands électeurs éliront officiellement le président et le vice-président, certains changent d’avis.

«Nous devons nous battre comme des diables»

«Ce n’est pas le moment de quitter les Etats-Unis. Restez et battez-vous!»: c’est le mot d’ordre de Sarah Todd, dans le magazine Quartz, adressé à ceux, qui envisagent carrément de partir. En écho aux manifestations de la rue et comme appel à la solidarité envers ceux, les plus vulnérables, qui n’ont pas la possibilité de fuir. Dans une lettre à sa fille de 15 ans et à sa femme publiée dans Vanity Fair, le producteur de cinéma et scénariste Aaron Sorkin – il a remporté un Oscar pour The Social Network – résume lui aussi parfaitement cette colère qui n’est pas près de s’éteindre. Il ne ménage pas ses mots.

«C’est la première fois qu’un cochon incompétent avec des idées dangereuses, un sérieux dysfonctionnement psychiatrique, et sans connaissance du monde, ni la curiosité d’en apprendre plus, est élu», écrit-il. «Ce n’est pas uniquement lui qui a gagné, mais ses supporteurs également. Le Ku Klux Klan a gagné. Des nationalistes blancs. Sexistes, racistes et bouffons». Aaron Sorkin appelle en quelque sorte à l’insurrection, ou du moins à l’action: «Nous ne sommes pas seuls. Nous devons nous battre comme des diables, agir, nous rebeller contre l’injustice, que ce soit en payant des chèques ou en remontant nos manches».


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