En pleine tempête sur les marchés financiers, les Etats-Unis ont vu la note de leur dette abaissée par l’agence de notation Standard and Poor’s, une sanction inédite qui risque d’attiser encore plus les craintes d’une nouvelle crise économique mondiale.

Les dirigeants européens, dont plusieurs se sont entretenus vendredi avec le président américain Barack Obama, sont sur le pont pour tenter de calmer la panique des marchés, inquiets du ralentissement de la croissance mondiale et d’une propagation de la crise de la dette en zone euro.

Le chef du gouvernement italien Silvio Berlusconi a évoqué vendredi soir la possibilité d’organiser «dans quelques jours» une réunion anticipée des ministres des Finances du G7, qui rassemble les USA, l’Allemagne, le Japon, la France, le Canada, l’Italie et la Grande-Bretagne.

Ces pays pourraient envisager une action coordonnée, une hypothèse qui n’était pas confirmée dans la soirée, mais des rumeurs avançaient l’idée d’une conférence téléphonique dès ce week-end au niveau du G7 ou de l’Eurogroupe. Les ministres des Finances du G7 sont «en contact permanent mais rien n’est décidé sur une conférence téléphonique», s’est contenté de dire samedi le cabinet du ministre français des Finances, François Baroin.

Standard & Poor’s (SP) a retiré vendredi aux Etats-Unis la prestigieuse note «AAA», dont jouissent les émetteurs d’obligations les plus fiables. Évoquant «des risques politiques» liés à l’énorme dette publique américaine, SP a abaissé la note du pays d’un cran à «AA +». Cette sanction sévère infligée à la première économie mondiale était certes attendue, mais elle risque néanmoins d’embraser encore davantage des marchés affolés par l’incapacité des dirigeants à trouver une riposte commune à la crise. Dans le contexte de crise actuelle, c’est ajouter une bûche supplémentaire dans le feu qui est en train de prendre», a prévenu l’économiste Elie Cohen.

S & P a justifié son coup de tonnerre par le plan, «insuffisant» à ses yeux, de rééquilibrage des finances publiques américaines, voté cette semaine pour permettre de relever le plafond de la dette du pays de plus de 14.500 milliards de dollars et lui éviter le défaut de paiement.

L’administration Obama a dénoncé la décision de S & P en affirmant qu’elle était «entachée d’une erreur de 2.000 milliards de dollars», selon un porte-parole du département du Trésor.

Les répercussions de la perte par la première économie mondiale de son sceau d’excellence sont encore difficiles à évaluer et seront guettées de près à la réouverture lundi des marchés financiers.

Les créanciers des Etats-Unis ont réagi de façon mesurée, à l’exception du premier d’entre eux, la Chine, qui a exhorté Washington à cesser de vivre au-dessus de ses moyens. Pékin, qui détenait en mai quelque 1.160 milliards de dollars de bons du Trésor américains, a estimé avoir «désormais tous les droits d’exiger des Etats-Unis qu’ils s’attaquent à leur problème structurel de dette».

Le Japon, deuxième créancier de Washington, va maintenir sa «confiance envers les bons du Trésor américain», a assuré un responsable gouvernemental. Paris conserve «une totale confiance dans la solidité de l’économie américaine et ses fondamentaux», a assuré François Baroin. Le ministre britannique du Commerce Vince Cable a jugé «complètement prévisible» la dégradation de la note, après la bataille au Congrès américain, avant d’ajouter que «la situation des Etats-Unis est assez solide».

«Ces gens ne sont certainement pas en position d’émettre un jugement», a brocardé sur son blog le prix Nobel d’économie Paul Krugman, se souvenant des «AAA» distribués par S & P et ses concurrentes aux produits «toxiques» à l’origine du krach mondial de l’automne 2008.

L’abaissement de la note des Etats-Unis a été annoncé alors que les marchés financiers étaient fermés pour le week-end après une semaine noire qui a vu les principaux indices boursiers de la planète plonger. En une semaine, la Bourse de Francfort a chuté de 13%, celle de Londres de près de 10% et celle de Paris de près de 11%. À Wall Street, l’indice Dow Jones a cédé 5,75%, signant sa pire semaine depuis mars 2009. (AFP)