Etats-Unis

#NotOkay, le mouvement qui s’attaque aux propos scabreux de Donald Trump

L’auteure canadienne Kelly Oxford a poussé les femmes à évoquer les harcèlements sexuels dont elles ont été victimes. Elle ne s’attendait pas à un tel emballement

La vidéo révélant des propos graveleux tenus par Donald Trump en 2005, balancée en pleine campagne présidentielle, aura au moins eu un effet positif: le développement du mouvement #NotOkay sur les réseaux sociaux. Parti d’un simple appel à témoignages, plusieurs millions de femmes en colère ont déjà réagi à ce qu’elles assimilent à de la «culture du viol».

C’est le «Washington Post» qui a rendu l’enregistrement public vendredi dernier. Le candidat républicain, misogyne et vulgaire à souhait, y soulignait, à propos des femmes: «Quand tu es une star, elles te laissent faire… Les attraper par leur sexe. Tu peux faire n’importe quoi.»

Le sang de Kelly Oxford n’a fait qu’un tour. Auteure canadienne et blogueuse à succès, cette mère de trois enfants qui vit à Los Angeles a posté un premier tweet où elle expliquait sa première agression sexuelle. Mais surtout, elle a appelé les femmes victimes de harcèlements et attitudes machistes et dégradantes à faire de même. Résultat: son tweet – «Un vieil homme dans un bus empoigne mon entrejambe et me sourit. J’ai douze ans» – a été vu plusieurs millions de fois et les messages ont afflué à une vitesse record. Voilà comment #NotOkay est devenu viral. Le message de Kelly Oxford était clair: «Twittez-moi vos premières expériences de harcèlements. Ce ne sont pas juste des statistiques.» Mais elle ne s’attendait pas à un tel emballement.

Témoignages de masturbations imposées, de viols par des membres de la famille, de mains aux fesses pendant un essayage de robes de mariée, d’attouchements déplacés près de la photocopieuse: les messages courts sont logiquement très directs et crus. Les femmes précisent à chaque fois l’âge qu’elles avaient pendant que l’acte a été commis. Souvent très jeunes. Certaines en parlent pour la première fois. #NotOkay a aussi un effet libérateur. Vendredi, Kelly Oxford a elle-même twitté cinq mésaventures différentes. Dès samedi, elle recevait plus de 50 messages par minute. Lundi après-midi, plusieurs millions de personnes avaient réagi ou simplement lu ses messages. Sur Instagram, l’actrice Amber Tamblyn raconte par exemple avoir été abordée dans un club par un ex-petit ami, qui lui a attrapé les cheveux et avec la deuxième main, le vagin: «Il m’a sortie ainsi du club, comme quelque chose qu’il possédait, comme un déchet.»

La vidéo n’a pas seulement blessé des femmes, elle a fini par définitivement choquer des républicains pour lesquels ces nouveaux propos irrespecteux, venus s’ajouter à tant d’autres, ont marqué la distanciation définitive d’avec Donald Trump. Le candidat a de son côté tenté de les minimiser en parlant de «plaisanteries de vestiaires» («locker room banter»). Et a préféré évoquer le comportement de Bill Clinton, qu’il accuse d’avoir abusé de plusieurs femmes.

Réaction de Kelly Oxford, toujours sur son fil Twitter, désormais pris d’assaut: «C’est peut-être parce que je suis Canadienne, mais la logique trumpienne «Ne votez pas pour elle, son mari blesse les femmes! Votez pour moi, je blesse les femmes!» est un peu déroutante.» Cette guerrière des réseaux sociaux, en plein combat pour la dignité des femmes et contre les propos sexistes, n’a pas perdu son sens de l’humour.

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