France

A Notre-Dame-des-Landes, atterrissage chaotique garanti du projet d'aéroport

Le référendum local organisé ce dimanche en Loire-Atlantique sera décisif promet le gouvernement français. Vraiment?  

Ils sont près d’un million sur les listes électorales du département de Loire-Atlantique. C’est de leur vote dont va dépendre, ce soir (résultats annoncés vers 23 heures), le sort du projet d’aéroport le plus controversé de France: celui de Notre-Dame-des-Landes, dont le gouvernement français veut – depuis les années 1960! – faire le «hub» aérien du grand ouest de l’Hexagone, à mi-chemin entre Nantes et Rennes.

Côté officiel, l’affaire est entendue. Le Premier ministre français a prévu qu’un «non» signerait l’abandon du projet, et qu’un «oui» enclencherait pour de bon les travaux de ce complexe dont le coût est chiffré autour des 600 millions d’euros, budget assuré d’exploser selon beaucoup d’observateurs qui dénoncent la collusion du groupe de travaux publics Vinci, à la tête du projet, avec les élus locaux pro-aéroport.

Bien calé dans sa posture de chef de gouvernement qui agit et passe en force s’il le faut, Manuel Valls a également prévenu que dans tous les cas de figure, les occupants illégaux du périmètre du futur aéroport – transformé depuis 2009 en «zone à défendre» (ZAD) par les activistes écologistes et alternatifs – seront évacués. Leur nombre, entre 200 et 800 selon les périodes, n’est pas clair aujourd’hui. Installés aux côtés des derniers paysans hostiles au projet sur les exploitations agricoles et sur les terrains expropriés par l’Etat, ils s’étaient retrouvés sur le devant de la scène en novembre 2012, lorsque de violents affrontements avaient opposé à Nantes les anti-Notre-Dame-des-Landes aux forces de l’ordre.

Lire aussi: Dans les tranchées de la «zone à défendre» (Reportage)

Côté pratique en revanche, l’affaire s’annonce d’autant plus compliquée que l’imbroglio politico-juridique sera loin d’être résolu par ce référendum local annoncé par François Hollande en février, mais dont le résultat n’aura pas force de loi. Trois problèmes continueront ainsi d’entraver l’action du gouvernement dont on peut se demander s’il a envie d’une nouvelle crise à moins d’un an de l’élection présidentielle.

Premier problème: seul le département de Loire-Atlantique a été consulté alors que les défenseurs du projet vantent sa crédibilité régionale et que l’Etat prendra à sa charge environ la moitié des 600 millions d’euros prévus pour sa construction. Un choix justifié par le fait que les nuisances, comme les retombées économiques (3000 emplois directs dans un premier temps) concernent au premier chef ce département et sa métropole, qui perdra son aéroport engorgé de Nantes-Atlantique, dont l’agrandissement a été abandonné pour des raisons de survol urbain nantais trop problématique.

N’empêche: comment faire accepter à une région entière un projet validé par un seul département? Ou vice-versa. Pas évident. On peut aussi se demander pourquoi ce projet spécifique justifie un référendum alors que, par exemple, l’arrêt promis par François Hollande de la centrale nucléaire de Fessenheim, frontalière de la Suisse, n’est pas soumis à une consultation similaire? Un «deux poids deux mesures» largement lié au fait que l’actuel ministre des Affaires étrangères Jean-Marc Ayrault (ancien maire de Nantes et ancien premier ministre) veut cet aéroport.

Deuxième difficulté: les relations compliquées entre l’Etat et le groupe Vinci, son partenaire privé qui conduira la construction de l’aéroport. Si le projet voit le jour, le risque d’explosion budgétaire est déjà évoqué, et une «guérilla» des opposants est à attendre. S’il est abandonné, l’Etat français devra payer entre 150 et 200 millions d’euros au groupe de BTP, déjà engagé dans un autre bras de fer avec la puissance publique sur les tarifs des péages des autoroutes qu’il exploite. On voit le tableau: chantier empoisonné d’un côté, indemnités extravagantes et polémique assurée de l’autre. Là aussi, le vote local ne changera guère la donne.

Troisième problème: l’effet à la fois contaminant et déstabilisateur de cette consultation. D’abord parce que d’autres voix s’élèvent pour réclamer désormais en France des référendums locaux sur des projets controversés, et qu’il sera difficile de leur dire non. Ensuite parce que cette consultation ne tranche en rien l’imbroglio juridique et économique. Des recours divers demeurent, et les études d’experts continuent surtout de se contredire sur la nécessité ou non d’avoir deux pistes à Notre-Dame-des-Landes, alors que, par exemple, l’aéroport de Genève n’en a qu’une et accueille chaque année plus de 15 millions de passagers.

On voit le piège: un «oui» citoyen au projet ne fera que relancer la bataille sur les différentes options du chantier. Avec, sur le plan politique, l’assurance de nouvelles confrontations au sein des «Verts», déjà divisés compte tenu de la participation d’une partie d’entre eux au gouvernement. On sait aussi que l’ancien présentateur de TV et figure écologiste Nicolas Hulot a redit ce dimanche qu’il voterait «non» à ce projet qui ne l’a jamais convaincu et dont il pourrait faire un thème s’il se présente à la présidentielle de 2017…

Les arguments pour aller de l’avant au nom de la nécessité de mettre en chantier de grands projets d’infrastructures économiques en France peuvent-ils, dès lors, l’emporter? Peu probable. Tout comme au sujet du démantèlement promis de Fessenheim, le gouvernement Français essaie en fait surtout de temporiser, avec l’intention de passer cet ingérable dossier à ses successeurs après 2017, date de l’hypothétique début des travaux d’un aéroport censé entrer en service – s’il voit le jour – en 2021.

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