La crise des réfugiés et le chaos syrien ont fini par complètement occulter les seules lumières issues des révolutions arabes. Il est pourtant un petit pays, sur les côtes de la Méditerranée, qui continue de résister aux forces obscures de l’extrémisme islamique ou au retour de l’ordre militaire: la Tunisie. En attribuant son prix pour la paix à la société civile tunisienne, le comité Nobel norvégien fait à nouveau un choix très politique.

Évoquer aujourd’hui l’espoir soulevé par les printemps arabes, mis en branle il y a cinq ans par l’immolation d’un vendeur ambulant tunisien, c’est en effet prendre le risque d’être – au mieux – taxé de grand naïf. Tous ces soulèvements, que ce soit en Libye, en Égypte, au Yémen, au Bahrein ou en Syrie, n’ont-ils pas abouti à plus de misère, à plus de morts, à jeter sur les routes des millions de migrants qui déferlent aujourd’hui sur nos côtes comme le prédisaient les esprits les plus sceptiques à l’époque?

La tentation de conclure à l’incompatibilité des sociétés arabes et musulmanes avec l’exercice de la liberté et le pluralisme politique est plus forte que jamais. Ce piège tendu par les tenants de l’autoritarisme ou les théoriciens d’un relativisme culturel qui stipule que toutes les civilisations ne sont pas compatibles avec la démocratie, est pourtant grossier.

Les révolutions arabes pouvaient prendre plusieurs chemins. S’il faut bien reconnaître que dans la plupart des cas, elles ont déraillé, rien ne les condamnait à échouer. Trop souvent, les interventions extérieures – y compris occidentales- ont stoppé les aspirations des peuples ou dévoyé leur marche vers des réformes. C’est le mérite de ce prix Nobel de rallumer les projecteurs sur une expérience unique qu’il s’agit de consolider.

Car aujourd’hui, la Tunisie vit des moments difficiles. Son économie est fragilisée par les attentats, le chômage continue de faire ses ravages, les extrémistes de tout poil frappent à sa porte. L’éteignoir islamiste menace. Pourtant personne là-bas ne songe à retourner aux années Ben Ali.

S’il est noble de célébrer la vitalité de la société civile tunisienne, il serait bien plus utile encore de contribuer à l’essor de son économie. L’Europe commence seulement à le comprendre. C’est la seule façon d’entretenir les dernières flammes du printemps arabe.

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