Au moins 190 personnes ont péri mercredi dans une vague d'attentats à la voiture piégée à Bagdad, dont au moins 140 sur un marché déjà visé par une attaque sanglante en février, en dépit d'un plan de sécurisation massif destiné à juguler les violences dans la capitale irakienne.

L'attentat le plus sanglant a été commis à l'aide d'une voiture bourrée d'explosifs garée sur le marché d'Al-Sadriyah, un secteur à majorité chiite sur la rive orientale du Tigre. Cent quarante personnes ont été tuées et 155 blessées dans l'attaque, l'une des plus meurtrières depuis le début de l'année, selon un nouveau bilan du Ministère de la défense.

Déjà en février

L'explosion a provoqué un cratère de 2 mètres. Après la déflagration, entendue à plusieurs kilomètres, des particuliers ont pris leur voiture pour venir en aide aux ambulanciers en nombre insuffisant pour transporter tous les blessés à l'hôpital. Deux patrouilles militaires, l'une irakienne, l'autre américaine, arrivées séparément sur les lieux du carnage, ont dû rebrousser chemin après avoir été la cible de jet de projectiles par une foule en colère.

Ce marché avait déjà été visé le 3 février par un attentat commis par un terroriste au volant d'un camion piégé, qui avait fait 130 morts.

Les marchés constituent une cible privilégiée pour les attentats de masse, considérés comme la marque de fabrique d'extrémistes sunnites s'en prenant à la communauté chiite, qui contrôle le gouvernement et est majoritaire au sein des forces de sécurité.

Sadr City visé

Le porte-parole des forces américaines, le général William Caldwell, a d'ailleurs déclaré mercredi que les troupes avaient construit des murs pour tenter de protéger ces lieux particulièrement vulnérables.

Un autre attentat sanglant a été perpétré à Sadr City, le grand quartier chiite de Bagdad, où l'explosion d'une voiture piégée visant un point de contrôle de l'armée a fait 28 morts et 44 blessés. Une autre voiture piégée a explosé dans le quartier de Karrada, au centre, faisant 11 morts. Dans le même secteur, trois personnes ont été tuées par l'explosion d'un engin artisanal.

Dans le sud-ouest de Bagdad, quatre policiers ont péri dans un attentat-suicide à la voiture piégée. Un attentat-suicide dans le quartier sunnite de Sadiyah a tué deux policiers et deux civils.

Cette série attentats survient en dépit du plan de sécurisation de Bagdad lancé le 14 février et baptisé «Imposer la loi», qui prévoit le déploiement de 90000 soldats américains et irakiens d'ici à juin.

Ce déferlement de violences a éclipsé le transfert hier matin par les troupes britanniques aux autorités irakiennes du contrôle de la sécurité d'une quatrième province, celle de Missane riche en ressources pétrolières, parmi les 18 que compte l'Irak. Ce transfert n'est que le début d'un processus qui va se poursuivre jusqu'à la fin de l'année.