élections américaines

Le nouveau combat de Bernie Sanders

Le «démocrate socialiste» séduit les jeunes. Plusieurs nouvelles élues, prêtes à bousculer leur parti, se réclament de son courant. Son étoile pourrait toutefois pâlir face à l’émergence de candidates comme Kamala Harris

Bernie Sanders, le retour. Alors que 11 démocrates, dont six femmes, se sont déjà lancés dans la course pour l’élection présidentielle de novembre 2020, que la candidature de Joe Biden, l’ancien vice-président de Barack Obama, est très attendue, tout comme celle du jeune Texan Beto O’Rourke, voilà que le sénateur indépendant entre à son tour officiellement en campagne.

«Menteur pathologique»

Candidat malheureux à la primaire démocrate de 2016 face à Hillary Clinton, Bernie Sanders jouit encore d’une grande popularité à 77 ans. De récents sondages le positionnent parmi les favoris. Selon l’institut Morning Consult, il remporterait à ce stade 15% des intentions de vote, devant Kamala Harris (13%) et Elizabeth Warren (8%), mais derrière Joe Biden (29%). Il a choisi la radio publique de son Etat, le Vermont, pour faire part de sa candidature. Couverture santé universelle, salaire horaire minimum de 15 dollars, gratuité à l’université publique, combat contre l’incarcération de masse, protection des clandestins: ses points forts de 2016 reviendront rapidement sur le tapis.

Virulent face à Donald Trump, il vient de qualifier, dans un entretien sur CBS, le président américain de «raciste, sexiste, homophobe, xénophobe» et de «menteur pathologique». «C’est quelqu’un qui grappille des gains politiques à bon marché en tentant de s’en prendre aux minorités, souvent des immigrants sans papiers», a-t-il ajouté. 

Bernie Sanders promet d’agir aussi dans le domaine du réchauffement climatique. «Notre campagne n’a pas pour seul objectif de battre Donald Trump, le président le plus dangereux dans l’histoire moderne américaine», assure le candidat. Il compte «transformer le pays» et «créer un gouvernement basé sur les principes de justice économique, sociale, raciale et environnementale».

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L’idole des jeunes

Bernie Sanders se considère comme un «démocrate socialiste». Tiraillés entre centristes et progressistes, les démocrates devront faire un choix stratégique pour espérer battre Donald Trump en 2020. Le sénateur originaire de Brooklyn, à l’accent prononcé, a un atout important: il séduit les jeunes. Sa campagne de 2016 l’avait démontré. Il bouscule l’establishment, veut renouveler les élites et concrétiser une «révolution politique». 

Plusieurs nouvelles élues au Congrès, issues de minorités, se revendiquent de son courant. C’est le cas notamment de la New-Yorkaise Alexandria Ocasio-Cortez, la benjamine du Congrès, qui avait travaillé dans son équipe de campagne en 2016.

Un outsider qui a surpris

Sa notoriété lui assurera-t-elle un bon score à la primaire démocrate? Le sénateur pourrait aussi voir son étoile pâlir au profit de candidats plus jeunes et plus charismatiques, qui défendent les mêmes idées. Elu au Sénat en 2006 après seize ans passés à la Chambre des représentants, il n’a rejoint le Parti démocrate qu’en 2015, pour la primaire. Sa candidature n’avait alors suscité que peu d’intérêt, tant il était considéré comme un outsider.

Puis il a surpris, a réussi à récolter jusqu’à 228 millions de dollars de dons individuels, et s’est entouré d’une armée de bénévoles, avant de devoir s’incliner face à Hillary Clinton. Aujourd’hui, c’est différent. Il occupe une place de choix dans les médias. Mais plus la campagne avance, plus sa candidature pourrait lui être néfaste, les airs de «déjà vu» n’étant pas toujours très stimulants.

Plus de gens se considèrent aujourd’hui indépendants que démocrates ou républicains. Il n’y a pas beaucoup d’amour, franchement, pour les deux partis

Bernie Sanders

Le socialiste Sanders, qui n’a pas perdu de sa pugnacité lorsqu’il s’agit de s’en prendre aux richissimes Américains, revendique par ailleurs toujours son étiquette d’indépendant. Il n’a pas officiellement adhéré au Parti démocrate, ce qui a le don d’en agacer certains, même s’il est rattaché au parti sur le plan administratif. En juin 2018, il s’en justifiait ainsi, au Washington Post:

«D’après des sondages que j’ai vus, plus de gens se considèrent aujourd’hui indépendants que démocrates ou républicains. Il n’y a pas beaucoup d’amour, franchement, pour les deux partis. Je pense donc que cela n’est pas une mauvaise idée d’avoir quelqu’un qui dise: «Je comprends, je suis indépendant […]. Je veux que vous, indépendants, participiez aux primaires démocrates pour transformer le Parti démocrate.»

Des excuses

Avant même de se lancer dans la course, le sénateur à la tignasse blanche, connu pour son franc-parler, a dû présenter des excuses, début janvier, selon un rituel très américain. Rattrapé par des militants du mouvement #MeToo, il est accusé d’avoir été passif face à des pratiques sexistes et offensantes dans son équipe de campagne en 2016. Des employées ont affirmé avoir subi du harcèlement sexuel de la part de collègues.

Pour convaincre, Bernie Sanders doit aujourd’hui plus que jamais démontrer qu’il est sensible à toutes les formes d’inégalités. Il doit aussi soigner son électorat noir, qui risque de se tourner davantage vers les candidats afro-américains Kamala Harris et Cory Booker.

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