«Nous allons de l’avant et voulons assurer notre sécurité énergétique en misant sur le nucléaire. Avec ou sans vous.» Cette déclaration sans aucune ambiguïté a été faite la semaine dernière lors d’un entretien entre stratèges indiens et américains au sein d’un centre de recherche politique à New Delhi. Pour son auteur, un militaire retraité de haut rang, et qui a l’écoute du pouvoir, l’Inde entend satisfaire 25% de ses besoins énergétiques par l’atome d’ici à quarante ans, contre 3% actuellement.

Coopération nucléaire

Le nucléaire sera l’un des thèmes qui domineront les conversations entre le premier ministre indien, Manmohan Singh, et le président Barack Obama ce mardi à la Maison-Blanche. Tout un symbole. C’est au chef du gouvernement indien que revient l’honneur d’effectuer la première visite d’Etat aux Etats-Unis depuis l’installation de l’administration démocrate.

L’an dernier, après trente-quatre années d’embargo sur l’exportation des technologies sensibles vers l’Inde, Washington a desserré l’étau en signant un accord de coopération nucléaire. Mais les premiers échanges n’ont toujours pas eu lieu.

L’embargo avait été imposé en 1974, en pleine Guerre froide. L’Inde, alliée de l’Union soviétique, avait développé la bombe atomique et effectué un test dans le désert du Thar, dans le Rajasthan. Depuis, Washington a aidé financièrement le Pakistan, rival historique de New Delhi, à développer l’arme de destruction massive.

Le rapprochement récent entre les deux pays n’est pas un hasard. Les Etats-Unis ne voient pas d’un bon œil la montée en puissance de la Chine en Asie. L’Inde représente un contrepoids de valeur. Du reste, la détente indo-américaine n’est pas restée sans conséquences. Ces derniers mois, Pékin a rallumé un vieux conflit frontalier avec son voisin indien. La guerre des mots qui se joue à présent concerne un territoire dans l’Etat d’Arunachal Pradesh (nord).

Les Etats-Unis et l’Inde trouvent aussi un terrain d’entente dans la lutte contre le terrorisme. Au lendemain des attentats du 11 septembre 2001, New Delhi avait ouvert son espace aérien à l’armée américaine. Les services secrets des deux puissances ont collaboré pour traquer les responsables d’Al-Qaida cachés en Afghanistan.

«11 septembre» indien

Puis, l’Inde a aussi connu son propre «11 septembre». Il y a exactement une année, des terroristes frappaient Mumbai (Bombay), la capitale économique indienne, faisant 172 morts et plus de 300 blessés. Les Etats-Unis ont immédiatement prêté main-forte pour mener l’enquête. Ils sont même allés jusqu’à sermonner leur allié pakistanais pour une éventuelle collusion avec des terroristes.

Dès son arrivée sur le sol américain, dimanche, Manmohan Singh a lancé un appel pour que le gouvernement américain fasse davantage pression sur Islamabad pour qu’il contrôle les extrémistes. Ni Washington ni New Delhi ne sont satisfaits des efforts du Pakistan pour combattre la violence des intégristes. «Nous avons été les victimes d’actions terroristes soutenues et inspirées par le Pakistan depuis près de vingt-cinq ans et nous souhaiterions que les Etats-Unis usent de leur influence pour que le Pakistan abandonne cette voie», a déclaré le premier ministre indien.

L’Afghanistan est l’autre sujet où les intérêts indo-américains convergent. Alors que les Etats-Unis sont engagés dans une guerre contre les talibans et Al-Qaida, le territoire indien subit les effets collatéraux. Des extrémistes afghans soutiennent le mouvement séparatiste dans le Cachemire indien. Hier, le premier ministre Singh a plaidé pour une présence américaine soutenue en Afghanistan. L’Inde y est fortement présente tant au niveau de l’aide au développement qu’au niveau des investissements.

Enfin, la rencontre entre les deux dirigeants touchera bien sûr le domaine économique. L’Inde prévoit d’investir 500 milliards de dollars dans les infrastructures, 100 milliards dans l’énergie et 10 milliards pour renouveler sa défense aérienne. Selon la Chambre du commerce indo-américaine, des contrats juteux devraient revenir aux entreprises américaines.