La récente visite du jeune premier ministre hongrois Viktor Orban en Roumanie a laissé un goût amer à Bucarest. Le soutien à la création d'une université en langue hongroise à Cluj (ouest) exprimé à cette occasion par le visiteur a relancé l'Union démocratique des Magyars de Roumanie (UDMR). Ce parti, qui fait partie de la coalition au pouvoir depuis novembre 1996, représente les intérêts des 1,7 million de Hongrois du pays (environ 8% de la population) et revendique une plus large autonomie de la Transylvanie (région de l'ouest de la Roumanie où vit pour l'essentiel son électorat).

Le désir d'autonomie exprimé de plus en plus ouvertement par les radicaux de l'UDMR se heurte aujourd'hui à l'opposition ferme du ministre de l'Enseignement, Andrei Marga. Ex-recteur de l'Université roumano-hongroise Babes-Bolyai de Cluj, ce dernier ne mâche pas ses mots. «L'Université de Cluj a développé des études en roumain, hongrois et allemand, mettant ainsi en place une expérience œcuménique performante en Europe de l'Est, affirme-t-il dans une déclaration rendue publique hier. Je ne serai jamais un adepte du séparatisme linguistique dans le système d'enseignement.»

Cette vision d'une université multiculturelle – à côté de la minorité hongroise vivent aussi des communautés allemande, tzigane et juive –, n'est pas partagée par Marko Bela, dirigeant de l'UDMR, qui avertit: «Nous ne renoncerons pas à nos démarches d'autonomie dans l'administration et l'enseignement.»

Parti d'opposition pendant les sept ans du régime d'Ion Iliescu, l'UDMR peut se vanter aujourd'hui d'exercer une réelle influence sur l'échiquier politique. Depuis la victoire des chrétiens-démocrates de centre droit en Roumanie, fin 1996, le parti de la minorité hongroise s'est vu octroyer la liberté d'utiliser la langue maternelle dans l'administration. La Roumanie et la Hongrie ont signé il y a un an et demi un traité qui a mis fin à plusieurs décennies de tension sur la Transylvanie et les droits de la minorité hongroise. La stabilité et la coopération ont été dès lors les mots d'ordre dans les relations bilatérales entre les deux pays. Mais le retour de la droite à Budapest et la nomination comme premier ministre de Viktor Orban risque de changer la donne.

Viktor Orban veut être en effet le premier ministre d'une «nation hongroise qui ne se limite pas aux Hongrois vivant dans les frontières actuelles de la Hongrie» (il y en a aussi en Slovaquie, en Voïvodine et en Ukraine). Par ailleurs, la future intégration de la Hongrie dans l'Union européenne pose le problème de la libre circulation dans l'espace de Schengen que Budapest souhaiterait régler en octroyant la double citoyenneté aux Hongrois vivant en dehors des frontières du pays. Les autorités roumaines ne voient pas d'un bon œil cette démarche considérée par Zoe Petre, conseillère du président roumain Emil Constantinescu, comme une «solution désespérée».

Le règlement à l'amiable des rapports roumano-hongrois semble toujours dépendre de l'intégration simultanée dans l'Union européenne, ce qui est loin d'être acquis.