parti communiste chinois

Le nouveau maître de la dictature chinoise

Xi Jinping, l’homme fort du régime, contrôle le parti, l’armée et bientôt l’Etat. Pourra-t-il ou voudra-t-il réformer un pays confronté à de multiples défis?

Il est entré en scène d’une démarche presque nonchalante en saluant une foule composée uniquement de journalistes. Ses six camarades (lire ci-dessous) de la Commission permanente du Bureau politique du Parti communiste chinois (PCC) se sont alignés à ses côtés par ordre décroissant d’importance pour la photo à l’intérieur du Palais du peuple. Et ses premiers mots publics en tant que nouveau secrétaire général ont été pour les professionnels de l’information dont il a salué l’ardeur au travail.

Désormais le boss, le numéro un, c’est lui, Xi Jinping. Dès ses premiers pas, on comprend que la communication sera différente de celle de son prédécesseur, Hu Jintao, un apparatchik qui ne s’est jamais départi de ses allures d’automate.

Au terme d’un processus sélectif dont l’opacité et les intrigues n’ont rien à envier à l’élection d’un pape, Xi Jinping, 59 ans, préside à la destinée de la deuxième puissance économique mondiale. Il est plus précisément, comme le dit le parti, le noyau dur de la cinquième génération de dirigeants, le chef d’une direction collective désigné par un petit groupe d’individus.

Mais on pourrait tout aussi bien le comparer au directeur du conseil d’administration de l’entreprise Chine, comme l’expliquaient des sources haut placées chinoises à la diplomatie américaine dans des documents internes datant de 2007 révélés par WikiLeaks. Ce conseil d’administration est composé des représentants des principaux groupes d’intérêts contrôlant des pans entiers de l’économie. Leurs luttes n’ont rien d’idéologique, mais consistent à défendre leurs prébendes et à s’assurer que les sortants soient à l’abri de poursuites. En dernier ressort, ils savent que leur prospérité commune dépend de leur capacité à définir un consensus.

A ce jeu-là, Xi Jinping a pu compter sur le soutien de Jiang Zemin (clique de Shanghai), l’ex-dirigeant qui a prouvé durant ce Congrès qu’il était, à 86 ans, finalement encore le maître du jeu en plaçant quatre de ses protégés dans le saint des saints du pouvoir. Xi Jinping est généralement considéré comme un homme intègre. Mais ses allégeances ne le mettent pas à l’abri du mal qui ronge le parti: la corruption. L’une de ses sœurs est à la tête d’une fortune de plus de 300 millions de francs placés à Hongkong comme l’a révélé il y a peu l’agence Bloomberg.

Son ascension, Xi Jinping la doit toutefois d’abord à son sang, celui d’un «prince». Tout le monde en Chine connaît son père qui demeure une figure respectée du régime: Xi Zhongxun. Ce compagnon d’armes de Mao Tsé-toung fut commissaire politique du PCC, puis chef de la propagande après la prise de pouvoir des troupes communistes en 1949. Au début des années 1960, il tombe soudain en disgrâce. Le petit Xi va alors connaître le déshonneur, chassé de l’école de l’élite rouge, forcé de critiquer son père à coups de citations de Mao, menacé de mort, puis les affres de l’exil intérieur lorsque éclate la Révolution culturelle (1966-1976).

Il sera l’un de ces millions de «jeunes instruits» envoyés dans les campagnes pour se faire rééduquer par les «masses» paysannes. C’est au Shaanxi, province d’origine de son père, qu’il découvre la misère rurale. «En janvier, il y avait encore assez à manger, en février, on crevait de faim, en mars-avril, on était moitié vivant, moitié mort. Les gens se nourrissaient d’écorces d’arbre et d’herbes sauvages, et les femmes et les enfants allaient mendier», expliquait-il dans un entretien à un magazine chinois en 2000.

Cette expérience, plutôt que nourrir une haine envers le parti qui ruinait sa jeunesse, l’amènera à développer une stratégie de survie consistant à intégrer le camp des tortionnaires: il demande à rejoindre les rangs du parti. Il devient ainsi le secrétaire du PC de son village, puis, au bout de sept ans de labeur, il parvient à intégrer l’Université Qinghua de Pékin où il obtiendra un diplôme d’ingénieur en chimie – métier qu’il n’exercera jamais.

L’avènement de Deng Xiaoping, en 1978, s’accompagne de la réhabilitation de son père qui deviendra l’un des pilotes des réformes économiques à la tête de la province du Guangdong. C’est lui qui fera d’un petit village de pêcheurs la première zone économique spéciale pour expérimenter le marché et accueillir les investissements étrangers. Shenzhen est depuis devenu l’une des villes les plus riches du pays.

La suite du parcours de Xi Jinping ressemble à celle d’un bureaucrate diligent qui s’élève au fil des ans dans la hiérarchie du parti en évitant soigneusement les écueils politiques grâce à son éloignement provincial. Après le Hebei, le Fujian et le Zhejiang, il récupère la direction du parti de la municipalité de Shanghai, son prédécesseur ayant été balayé pour corruption. La même année, en 2007, il accède au Bureau politique, puis à la vice-présidence de l’Etat. La voie est désormais tracée vers le sommet.

Qui est Xi Jinping? Jusqu’il y a peu les Chinois connaissaient surtout sa femme, Peng Liyuan, cantatrice de l’Armée populaire de libération qui fut une vedette des grands shows télévisés du Nouvel An chinois. Il s’est un jour décrit comme un «fils de la terre jaune», référence à sa jeunesse passée sur les plateaux de loess du Shaanxi. Cette terre jaune qui incarne le berceau de la civilisation chinoise et impériale par opposition à la Chine bleue des côtes ouvertes à l’innovation.

Les diplomates qui l’ont rencontré décrivent un gestionnaire très au fait des chiffres mais sans originalité. On le dit favorable aux entrepreneurs privés, secteur qu’il connaît bien. C’est aussi un docteur en marxisme, rappelle Liu Liqun, un professeur de philosophie et de relations internationales à l’Université des langues étrangères de Pékin. C’est un homme attaché à la discipline du parti qui n’a aucune sympathie pour des réformes démocratiques.

Réservé, il sait parfois se montrer moins diplomate. Ainsi, lors d’une visite au Mexique en 2009, il déclarait à l’attention des Occidentaux: «Il y a des étrangers paresseux au ventre plein qui n’ont rien d’autre à faire que de montrer la Chine du doigt! La Chine n’exporte ni la révolution ni la pauvreté, alors qu’est-ce qu’ils nous veulent?» Hier, il a expliqué que la Chine devait encore faire des efforts pour comprendre le monde et vice versa.

Les défis à relever ces prochaines années sont nombreux, a rappelé Xi Jinping. Sera-t-il l’homme capable d’insuffler de nouvelles réformes économiques indispensables dans un pays rongé par les inégalités, le mal développement et les frustrations? Il a de bonnes cartes en main pour le faire. Hu Jintao lui a abandonné la direction de l’armée sans attendre – contrairement à ses prédécesseurs – et, dès mars prochain, il cumulera encore le titre de président de la République populaire.

En mars 2007, à l’ambassadeur américain basé à Pékin qui l’accueillait à dîner, Xi Jinping avouait son faible pour les films de Hollywood sur la Deuxième Guerre mondiale car les valeurs du bien l’emportaient clairement sur le mal. Il expliquait par ailleurs être persuadé que le peuple chinois avait toujours confiance dans un parti dont les membres représentent l’élite du pays. Il a dix ans devant lui pour infléchir un parti en manque de valeurs et coupé du peuple.

Un homme attaché à la discipline du Parti qui n’a aucune sympathie pour des réformes démocratiques

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