Outre le secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, le président de la Confédération helvétique Samuel Schmid (lire ci-dessous) et le premier ministre français Jean-Pierre Raffarin, plusieurs dizaines de ministres venus de quarante pays participeront ce mardi à l'inauguration du nouveau musée de l'Holocauste érigé sur le site de Yad Vashem, le mémorial de la Shoah situé au cœur de la forêt du Souvenir de Jérusalem.

Présenté comme «révolutionnaire», ce musée a été conçu par l'architecte Moshé Safdie. Il se compose d'un bâtiment central de 200 m de long et de plus de 4000 m2 de surface émergeant de la terre comme un prisme triangulaire. A l'intérieur, les visiteurs évoluent en zigzagant la plupart du temps de l'ombre à la lumière. Ils traversent neuf galeries représentant la nazification de l'Allemagne, des pans entiers de ce que fut la vie des communautés juives d'Europe de l'Est et de l'Ouest avant l'horreur, la résistance juive dans les ghettos, la déportation, ainsi que la solution finale.

«J'ai voulu que l'ensemble soit architecturalement très dépouillé afin de laisser la place à l'humain», explique Moshé Safdie. Qui poursuit: «L'Histoire est bien sûr omniprésente dans ce lieu, mais ce n'est pas un musée à vocation archéologique. En effet, l'Holocauste étant un événement sans pareil dans l'histoire de l'humanité, il m'était difficile de concevoir un musée didactique «classique». Il fallait quelque chose de différent à l'a mesure des événements qui y sont relatés.»

Le long du parcours en clair-obscur façonné par la décoratrice Dorit Harel, le visiteur trouvera aussi bien des livres de l'époque que des lettres et des poésies ayant échappé aux autodafés organisés par les nazis. «Lorsque je grandirai et que j'aurai 20 ans, je voyagerai là où il y a de la place et même dans le ciel», rêvait ainsi Abraham Koplowicz, un adolescent du ghetto de Lodz (Pologne) déporté à Auschwitz et gazé dès son arrivée. Emouvantes également, la reconstitution de la rue d'un ghetto juif de Pologne et celle de l'appartement type d'une famille juive allemande des années 1930 avec leurs objets de culte de l'époque, dont le chandelier ayant appartenu à un haut fonctionnaire allemand déporté.

Mais le musée contient aussi des histoires personnelles, une centaine d'enregistrements vidéo de survivants des camps de la mort, une base de données digitalisée sur les victimes de la Shoah, ainsi qu'une impressionnante «salles des noms», dont la coupole est tapissée de 600 photos de victimes ainsi que d'extraits de pages de testaments. Illuminé par la lumière du jour, ce dôme se reflète d'ailleurs dans un plan d'eau situé au milieu de l'ouvrage.

«Nous n'avons pas voulu créer un musée de plus sur l'histoire de l'Holocauste puisqu'il en existe déjà plusieurs de plus ou moins grande importance», affirme le président du directoire de Yad Vashem, Avner Shalev. «En fait, nous sommes partis de l'idée que les derniers survivants de la Shoah auront malheureusement disparu dans quelques années et que nous devrons transmettre le message d'une autre manière à des gens qui n'auront plus leurs grands-parents pour leur raconter. Tout à donc été fait pour que les jeunes générations puissent «sentir» ce qu'était la vie juive d'avant-guerre et comment les nazis l'ont ravagée.» Et d'ajouter: «Puisqu'il est impossible de comprendre l'Holocauste sans connaître ceux qu'il a directement affecté ou détruit, nous avons axé le musée sur des histoires personnelles entourées de reconstitutions et d'objets de l'époque. En somme, nous combattons l'abstraction en mettant des visages sur des faits historiques et sur des noms. Cette prise sur le réel nous permet de donner au visiteur la sensation de ce que fut cette époque pour ceux qui l'ont connue. Mais nous voulons aussi lui faire comprendre que de telles horreurs peuvent se reproduire et qu'il lui appartient de tout faire pour que cela n'ait pas lieu.»

En gestation depuis dix ans, le nouveau musée de Yad Vashem fait partie d'un ambitieux projet (80 millions d'euros) comprenant également un musée de l'art de l'Holocauste ainsi qu'un centre d'études sur la Shoah. Quelques semaines à peine après la clôture des cérémonies marquant le 60e anniversaire de la libération d'Auschwitz, la présence de nombreuses personnalités étrangères atteste en tout cas de l'importance de ce lieu unique en son genre, presque entièrement financé par des dons privés notamment venus de Suisse.