Après la révolution et l'élection présidentielle, l'heure des comptes est venue à Tbilissi pour le nouveau président élu Mikhaïl Saakachvili. «Je vais demander aux gouvernements étrangers de nous aider à geler les avoirs de nos ex-ministres, hauts fonctionnaires ou membres de la famille Chevardnadze qui sont responsables des 1,7 milliard de dollars de dette extérieure de notre pays», a déclaré ce dernier lors d'une interview accordée au Temps. La Confédération pourrait être saisie d'une demande spécifique: «Je compte demander aux autorités suisses qu'elles aident la Géorgie dans son combat», poursuit le leader réformateur qui sera présent au Forum économique mondial de Davos, à partir du 21 janvier prochain.

Législation anti-corruption

La volonté de Mikhaïl Saakachvili n'est pas nouvelle. Dimanche, au soir de son élection, le futur chef de l'Etat – qui prendra ses fonctions le 25 janvier – avait rappelé son intention de faire voter «une législation anti-corruption drastique». Un engagement destiné, explique-t-il «à donner le sentiment au peuple géorgien que personne ne peut vivre de la corruption sans être puni». Pas question pour autant de mettre en prison tous ceux qui ont un jour été corrompus: «La plupart des fonctionnaires étaient des victimes du système Chevardnadze nuance le nouvel homme fort de cette république caucasienne. Ils n'avaient pas d'autre solution pour gagner leur vie que de se servir de leur fonction à des fins privées. Ce qu'il faut, c'est s'attaquer à ceux qui ont créé ce système et en ont profité.»

Plusieurs enquêtes ont déjà été ouvertes depuis la «Révolution des roses» de fin novembre. Elles concernent notamment l'ex-ministre de l'Energie, David Mitskhulava, et d'autres personnes soupçonnées d'avoir été au cœur de la corruption dans des domaines lucratifs tels que la production et la distribution de l'électricité ou les transports ferroviaires. Pour le moment toutefois, aucun membre de la famille Chevardnadze n'a fait l'objet de poursuites judiciaires, selon le Parquet général. Une situation susceptible d'évoluer.

«La famille Chevardnadze n'est pas visée en tant que telle, déclare Paata Djarelidze, l'adjoint au chef du département des enquêtes du Parquet général. Nous menons nos investigations et nous nous laissons porter par elles. On ne sait pas qui elles nous conduiront à interroger ou à mettre en examen.» Le jeune magistrat, nommé à son poste le 5 décembre dernier, inspiré par le vent nouveau qui souffle sur le pays, affirme qu'il est enfin possible d'enquêter normalement «parce qu'il existe désormais une volonté politique pour cela.»