«Sauver l'Italie» pour slogan. Sauver l'opposition de centre gauche pour première ambition. Un peu plus de six mois après la victoire électorale de Silvio Berlusconi, la grande manifestation convoquée samedi passé à Rome par Walter Veltroni était avant tout l'occasion pour le secrétaire du Parti démocrate (PD) de remobiliser ses troupes et de retrouver de l'air.

Divisé et sans stratégie

L'opération, qui a mobilisé plusieurs centaines de milliers de personnes (2,5 millions selon les organisateurs) dans les rues de la capitale italienne jusqu'au cirque Maxime, semble avoir en partie réussi. «L'Italie est un pays meilleur que la droite qui nous gouverne», s'est réjoui, face à la foule, l'ancien maire de Rome. Il faut dire que celui-ci jouait gros: son parti est divisé et sans stratégie claire face à un président du Conseil qui gouverne à coups de décrets et plane dans les sondages (avec plus de 60% d'opinions favorables). A l'inverse, le PD a du mal à se maintenir à son niveau d'avril quand, aux législatives, il avait réuni un peu plus d'un Italien sur trois.

Dans les coulisses du Parti démocrate, nombre de responsables grincent des dents et estiment que l'échec électoral aurait dû entraîner un changement de capitaine. D'autant que, depuis des mois, sur pratiquement tous les grands sujets politiques, la direction du parti semble absente, ou au mieux confuse, en tout cas inaudible.

«Collabo»

De son côté Antonio Di Pietro, l'ancien juge vedette des affaires «Mains propres» et ancien allié politique du Parti démocrate, traite désormais Veltroni de «collabo», l'ancien maire de Rome refusant de le suivre dans son opposition systématique à Berlusconi. La rupture avec le parti de l'ancien magistrat (Italie des Valeurs), en pleine ascension dans les sondages aux dépens du PD, n'est pas totalement consommée. Mais entre guerre des chefs larvée et opposition lacérée face à un pouvoir populaire, la manifestation du 25 octobre, annoncée plusieurs mois à l'avance et sans véritable ordre du jour, sentait le fiasco.

«Le sommet du parti n'a pas indiqué à ses militants un objectif de mobilisation authentique», s'inquiétait la semaine dernière l'un des éditorialistes du quotidien de centre gauche Il Riformista en s'interrogeant: «Le 25 octobre sera un rite religieux ou une marche politique?» «Moi je n'irai pas. Seuls les démagogues y vont», a résumé Massimo Cacciari, philosophe et intellectuel du PD. Par chance pour Veltroni, Silvio Berlusconi a, dans les derniers jours, fourni un argument de taille au centre gauche pour mettre en avant sa différence et se mobiliser. La réforme de l'enseignement, qui prévoit 8 milliards d'euros de restrictions budgétaires, a provoqué une agitation dans toute la Péninsule. Depuis l'annonce du projet, les étudiants bloquent leurs établissements.

«L'ordre doit être respecté», a menacé Silvio Berlusconi qui, face aux mises en garde d'une partie de sa majorité, a finalement démenti, jeudi, vouloir envoyer la police dans les universités pour déloger les étudiants. Mais la protestation dans l'enseignement se poursuit. Sur fond de crise économique, l'hypothèse d'envoyer les forces de l'ordre contre la jeunesse a donné du souffle à la manifestation du PD. «Nous devrions remercier Berlusconi. En créant un tel climat, il nous a aidés à faire comprendre aux gens que descendre dans la rue est important», a commenté l'ancien chef du gouvernement Massimo D'Alema.

Reste que derrière la bouffée d'oxygène du cirque Maxime, la stratégie du PD reste à définir, que ce soit sur ses alliances futures (avec la gauche radicale, le juge Di Pietro, le centre démocrate-chrétien?) ou sur son propre projet politique.

Depuis plusieurs mois, Walter Veltroni a notamment donné l'impression de flotter entre une opposition radicale à Silvio Berlusconi et une volonté de dialogue avec le chef de la majorité, allant même jusqu'à rencontrer en catimini, à l'aube, Gianni Letta, le plus proche collaborateur du Cavaliere.

«Dérive poutinienne»

Quelque temps plus tard, Veltroni changeait de cap et dénonçait «une dérive poutinienne de Berlusconi»: «Nous risquons d'assister à une démocratie vidée de son contenu.» «Laissons tomber la référence à Poutine», a taclé Massimo D'Alema, éternel rival de Veltroni, qui invite le secrétaire du PD à ne pas se limiter à critiquer le gouvernement mais à avancer des propositions.

De toute évidence, les règlements de compte au Parti démocrate qui font le jeu de Silvio Berlusconi n'ont pas disparu avec la manifestation de samedi. Ils sont seulement renvoyés au lendemain des élections européennes du printemps prochain.