Il fallait donner le plus de force possible à son acte. Mardi, pour signer son veto à la loi du Congrès qui prévoyait un calendrier de retrait des troupes américaines d'Irak, George Bush a donc utilisé le stylo du père d'un soldat mort sur le front. A chacun son symbole: la majorité démocrate du Congrès n'avait-elle pas, elle aussi, recouru au sien? En pressant les délais, le Congrès a en effet tenu à faire coïncider cet épisode avec l'anniversaire du discours qu'avait prononcé le président, il y a quatre ans jour pour jour. C'était le désormais devenu célèbre Mission accomplished speech, dans lequel Bush annonçait sur un porte-avions la fin du gros des opérations en Irak.

Quatre ans plus tard, sur son site internet, la Maison-Blanche a fait recadrer la photo pour qu'on ne voie plus la banderole qui proclamait la «mission accomplie» derrière le président. La guerre fait toujours rage en Irak. Et elle se double désormais d'une bataille de plus en plus vive entre le président et les élus démocrates.

Le veto présidentiel (seulement le deuxième signé jusqu'ici par George Bush) était attendu. Les arguments opposés par le président également: cette loi est «une recette pour le chaos et la confusion», a-t-il martelé. «Fixer une date pour le retrait (des troupes), c'est fixer une date pour l'échec, et cela serait irresponsable.» A quoi, le chef des démocrates au Sénat, Harry Reid, a répliqué: «Si le président croit qu'il va nous arrêter avec son veto, il se trompe.»

Pour financer la poursuite de la guerre, le président a en effet besoin des 124 milliards de dollars qui, assortis du calendrier de retrait, étaient contenus dans la loi qu'il vient de rejeter. Mais les élus démocrates, eux, ne peuvent laisser indéfiniment en suspens ce financement qui sert à garantir le travail des «boys» sur le terrain.

Fixer des «repères»

Mercredi, après avoir constaté qu'ils ne disposaient pas d'assez de voix pour contrecarrer le veto présidentiel (deux tiers des votes sont nécessaires), les démocrates devaient se réunir dans l'après-midi avec George Bush. Au programme: l'ouverture de négociations sur un nouveau texte. Sans y inscrire, cette fois, de calendrier précis, il s'agit pour les démocrates de fixer des «repères» visant à éviter que la guerre ne se poursuive indéfiniment. Au Capitole, certains élus républicains se disaient favorables à l'établissement de tels «repères». La Maison-Blanche aussi. Mais à la condition, précisait-elle, qu'ils ne soient pas contraignants.