La saison touristique est gâchée en Afrique du Sud. L’annonce de la découverte, jeudi, du variant B.1.1.529 a poussé la Grande-Bretagne à suspendre immédiatement ses vols vers l’Afrique australe. Cette nouvelle forme du virus, qui suscite beaucoup d’inquiétudes, a été découverte sur 77 échantillons de covid récoltés depuis le 12 novembre en Afrique ainsi que quatre échantillons au Botswana. Deux cas ont aussi été identifiés à Hongkong (un voyageur sud-africain et une personne contact) et un en Belgique.

Ce vendredi, d’autres pays (Allemagne, Italie, France, Israël) ont emboîté le pas au Royaume-Uni. La mesure risque d’être étendue à tous les pays de l’Union européenne, si ces derniers suivent les recommandations de la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen.

Sentiment d’injustice

C’est une catastrophe pour les opérateurs touristiques sud-africains, alors que la haute saison vient de commencer, à la faveur de l’été austral. Ils ont fait de lourdes pertes depuis deux ans, alors que le pays a subi un long isolement après la découverte du variant Bêta en janvier dernier. Jusqu’en octobre, la Grande-Bretagne, premier pays d’origine des visiteurs venant en Afrique du Sud, a imposé une quarantaine obligatoire dans des hôtels à leur retour de voyage. Autant dire que le tourisme avait dégringolé.

«La Grande-Bretagne, qui a 46 000 nouvelles infections et n’impose pas le port du masque, punit l’Afrique du Sud, qui n’a que 2500 cas et impose strictement les mesures de précaution», s’insurge le journaliste anglais Joe Crann. Rien que pour les touristes anglais, la perte de recettes atteint 1,5 million d’euros par jour, selon Otto de Vries, le président de l’Association des agents de voyages sud-africains, qui regrette la décision «impulsive» de Londres.

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L’Afrique du Sud, qui est sortie en septembre d’une troisième vague très forte, n’avait vraiment pas besoin de cela, alors que l’économie avait bien repris, après trois périodes de lourd confinement. Depuis hier, le rand a perdu 7% de sa valeur. «Au lieu de nous discriminer et nous isoler, le monde devrait soutenir financièrement l’Afrique du Sud et l’Afrique à contrôler et éliminer les variants», a réagi de son côté le scientifique Tulio de Oliveira, le bio-informaticien qui a découvert le nouveau variant dans son laboratoire à Durban. «Nous avons assez de fonds pour les recherches mais l’Afrique du Sud a besoin d’aide pour soutenir sa population démunie et son système de santé.»

Tulio De Oliveira et les autres scientifiques sud-africains ont été pris par «surprise» par ce nouveau variant, qui représente «un grand saut dans l’évolution»: il présente pas moins de 50 mutations dont 32 dans la protéine Spike (au lieu de 12 pour le Bêta et le Delta), qui servent à pénétrer dans les cellules. Il serait dès lors nettement plus contagieux et il pourrait même échapper aux anticorps produits par les personnes vaccinées ou qui ont déjà été malades du covid. Les vaccins existants seraient donc moins efficaces.

Le variant dope les nouvelles infections

En Afrique du Sud, le nombre de nouvelles infections a rapidement augmenté, passant de 500 à 2500 au cours des cinq derniers jours (+30% pour la journée d’hier). La hausse est la plus forte dans la province de Gauteng (Johannesburg-Pretoria), en particulier parmi les jeunes; 90% des personnes ont été infectées avec le nouveau variant. «La question clé est maintenant de déterminer la sévérité de la maladie», selon Richard Lessells, un infectiologue de l’Université du Kwazulu-Natal. Le variant devrait être nommé «Nu» ce vendredi, par l’Organisation mondiale de la santé.

Le président sud-africain Cyril Ramaphosa va probablement annoncer dimanche une nouvelle période de confinement. Il risque de devoir limiter les fêtes de fin d’année, qui sont l’occasion de grands rassemblements religieux et festifs. C’est aussi la période des grandes vacances en Afrique du Sud: le grand brassage de population (les citadins retournent dans leurs villages d’origine ou descendent vers les plages) pourrait provoquer une quatrième vague meurtrière, si ce variant s’avérait effectivement redoutable. Certains prédisent déjà, comme le docteur Ulrich Elling, de l’Institut de biotechnologie moléculaire de Vienne, qu’il pourrait être six fois plus contagieux que le Delta.