Ce ne sera pas la première fois. Si les républicains reprennent le contrôle de la Chambre des représentants et peut-être du Sénat, la date du 2 novembre 2010 viendra s’ajouter aux multiples ressacs conservateurs provoqués par d’antérieures vagues démocrates. Dans l’histoire américaine, aussi bien Franklin Roosevelt qu’Harry Truman ou Lyndon Johnson pourraient en témoigner, eux qui ont vu leurs velléités brusquement interrompues par l’irruption à mi-chemin d’une majorité républicaine. Plus récemment, Jimmy Carter et Bill Clinton ont connu le même sort. Certains (dont Clinton) réussirent à tirer leur épingle du jeu, à jouer au chat et à la souris, et à se faire réélire deux ans plus tard. Pour d’autres, cette cohabitation avant la lettre se révéla dévastatrice. Carter ne s’en releva jamais.

Aujourd’hui, dans une Amérique polarisée à l’extrême, que ferait Barack Obama pour poursuivre son chemin, si les sondages qui prévoient un raz de marée républicain venaient à se confirmer? Jugé un peu hautain et froid, peu à l’aise à l’heure d’expliquer ses réalisations et la nature de ses combats, le président est aussi aux prises avec une situation économique désastreuse qui, pour l’heure, rend inaudible son message. Face à lui, emportées par le mouvement de fond du Tea Party, les vagues républicaines ne feront pas dans le détail. Voici comment elles pourraient transformer l’Amérique.

1. Le rôle de l’Etat

C’est la méfiance à l’égard de l’Etat central qui réunit avant tout les partisans républicains. C’est ici que le Tea Party trouve ses origines, de là qu’il tire l’essentiel de sa force. Ces deux prochaines années, cette aversion pour un Etat «socialiste» pourrait déboucher sur une multitude d’escarmouches à Washington. Premier test: les baisses d’impôts décidées en son temps par George Bush, qui arrivent à expiration à la fin de l’année. Le débat se concentre sur les Américains les plus fortunés, qui disposent d’un revenu supérieur à 250 000 dollars par an. Dans son programme électoral, le Parti républicain a promis de veiller à ce que ces coupes d’impôts perdurent. Le thème est porteur, même s’il ne concerne qu’une minorité de la population. Cependant, les républicains risquent de se retrouver coincés dans l’exercice, alors que la lutte contre le déficit public est aussi l’un de leurs principaux chevaux de bataille. Selon des estimations du Congressional Budget Office, leurs propositions creuseraient un trou au budget de 700 milliards de dollars.

2. La fin des réformes

Les leaders républicains l’ont promis: ils tenteront par tous les moyens de détruire la réforme de la santé, affichée par Barack Obama comme l’une de ses plus grandes victoires jusqu’ici. Une remise en question frontale de cette réforme serait pourtant mal perçue, elle qui assure à chaque enfant américain de bénéficier de l’assurance santé de ses parents et qui empêche les caisses maladie de choisir leurs clients à la carte. D’autant plus que le président conserve son droit de veto et pourrait s’opposer à un retour en arrière. Par le biais du budget, ou en procédant par étapes, les républicains peuvent cependant rendre cette réforme inopérante, ou la retarder de plusieurs années.

De même, une majorité républicaine pourrait s’opposer au déblocage de fonds en faveur des écoles pour mener à bien la réforme du secteur de l’éducation (lire ci-dessous). Paradoxalement, les élus républicains pourraient trouver un terrain d’entente sur cette question avec la gauche démocrate, peu pressée de voir se généraliser le salaire au mérite des enseignants et de voir décroître le rôle des syndicats.

3. L’environnement

Le Tea Party est un mouvement à ce point éclaté que ses candidats n’ont réussi à se mettre d’accord que sur un programme en dix points, une sorte de plus petit dénominateur commun. Or l’environnement en fait partie. Les candidats s’opposeront à tout projet de cap and trade, ce système de permis d’émission qui part du principe du pollueur-payeur. La lutte contre le réchauffement climatique attendra donc, alors que, déjà, elle a fait mesure de parent pauvre ces dernières années, du moins en regard des attentes qu’avait suscité l’élection de Barack Obama.

4. La politique internationale

Les nouveaux venus du Tea Party, qui donneront sans doute le ton au sein du Parti républicain, s’intéressent peu à la politique internationale. A deux exceptions: ils veulent rendre «sûres» les frontières de l’Amérique et la plupart d’entre eux entendent «gagner la guerre» en Afghanistan. Le premier de ces éléments pourrait sonner le glas de la réforme de l’immigration, souhaitée par les démocrates et une partie des républicains jusqu’à ce que l’approche des élections enflamme les débats. Evanouie donc, pour le moment, la perspective d’une légalisation des millions de clandestins présents dans le pays. Quant à l’Afghanistan, la question deviendra brûlante l’été prochain, lorsqu’il s’agira de donner suite aux promesses de Barack Obama d’entamer le retrait des forces américaines.