Les Nations unies sont à nouveau confrontées à des cas de corruption, de fraudes et de mauvaise gestion. Selon le rapport d'une task force onusienne relative aux marchés publics, des contrats à hauteur de 20millions de dollars, selon le Washington Post, sont en cause. L'affaire concerne le Congo-Kinshasa, la Grèce, le Kenya et New York.

150 affaires pendantes

La task force dirigée par l'ancien juge fédéral Robert Appleton et dotée de 18 spécialistes des crimes en col blanc a passé au crible, pendant trois ans, des contrats soupçonnés d'être entachés de corruption représentant un montant de plus de 630 millions de dollars. Elle a découvert qu'entre 2005 et 2007, deux responsables onusiens des opérations de maintien de la paix au Congo-Kinshasa ont fourni à une compagnie aérienne basée en Angola, des informations confidentielles pour conclure des contrats avec elle à hauteur de 13 millions de dollars. Un autre responsable onusien est aussi accusé d'avoir fourni le même type d'informations à une société française pour bétonner un contrat de 5 millions de dollars relatif à l'inspection de stocks destinés à l'aide humanitaire.

Par ailleurs, deux employés américains des Nations unies chargés de vérifier les politiques salariales au siège onusien de New York, ont mandaté des sociétés privées dans lesquelles ils avaient des intérêts, pour effectuer le travail. Ils ont ainsi violé «l'intégrité de la procédure d'attribution des marchés publics prévue par l'ONU». Les deux personnes sont aussi accusées d'obstruction à la justice pour avoir utilisé des logiciels sur les ordinateurs de l'organisation pour effacer des documents sensibles.

Au Kenya, une employée du Bureau de l'ONU des services d'appui aux projets, qui procède à des achats pour des opérations onusiennes dans le monde entier, a sollicité des pots-de-vin et favorisé la conclusion de contrats pour 350000 dollars avec des entreprises liées à son époux, à de la parenté ou à des amis. Elle a été licenciée.

Le rapport de la task force fait aussi état d'irrégularités commises par des responsables du Département des services économiques et sociaux qui ont payé des dizaines de milliers de dollars à des associés pour un projet en Grèce sans une quelconque mise au concours.

La task force avait été créée en janvier 2006 après qu'un agent russe de l'ONU eut touché pour plus d'un million de dollars de pots-de-vin de sociétés qui traitaient avec les Nations unies. Elle a déjà dénoncé le comportement de 17 employés et sanctionné 22 entreprises. Son mandat se termine le 31 décembre prochain. Mais sa mission restera inachevée: 150 affaires restent pendantes dont 50 cas de fraude et de corruption.

Le cas de Genève

Le Washington Post mentionne par ailleurs huit cas supplémentaires qui sont examinés par les limiers de New York, dont l'Office des Nations unies à Genève. Contactée par Le Temps, la directrice de la communication du siège genevois, Marie Heuzé, est catégorique: «A ce stade, nous n'avons pas connaissance de fraude au service des achats de l'Office des Nations unies à Genève.»

Spécialiste de l'ONU et professeur émérite à l'Institut de hautes études internationales et du développement, Victor-Yves Ghebali met en garde: «Dans toutes les administrations, il y a de la corruption. A l'ONU, ce n'est pas pire qu'ailleurs.» Et le professeur de rappeler que dans le cas de corruption «pétrole contre nourriture», l'administration Bush avait déterré l'affaire en représailles contre le secrétaire général de l'époque, Kofi Annan.