Kourmanbek Bakiev, le nouveau leader

Nommé vendredi président et premier ministre par intérim, Kourmanbek Bakiev est un homme politique chevronné. Ingénieur-électricien de formation, cet ancien directeur d'usine âgé de 55 ans a grimpé tous les échelons de la politique avant de passer en 2002 à l'opposition. Maire en 1990, puis vice-président du parlement régional de Jalal-Abad (sud), dont il est originaire, il devient gouverneur régional de Tchouy (nord) en 1997. Un poste qu'il ne quitte qu'en 2000, nommé premier ministre par le président Akaïev. Ce n'est qu'en 2002, après la répression sanglante des manifestations à Aksy, dans la région de Jalal-Abad, qu'il se détachera du pouvoir, en démissionnant de son poste. En septembre dernier, il fonde le Mouvement populaire du Kirghizistan, une coalition hétéroclite de centre gauche et l'un des nombreux mouvements d'opposition, pour mener la campagne des législatives de février-mars derniers. Battu largement, il devient l'un des leaders de la fronde populaire qui aboutira jeudi à la chute du régime Akaïev.

Félix Koulov, l'homme à poigne

Chargé par le nouveau pouvoir kirghiz de chapeauter armée, police et services de sécurité, le général Félix Koulov est décidé à ramener rapidement l'ordre dans le pays. Ex-responsable du KGB, respecté et charismatique, cet opposant au président Akaïev était encore jeudi en prison, où il purgeait depuis 2000 une peine de dix ans pour «abus de pouvoir». Après avoir travaillé pour les services secrets du temps de l'Union soviétique, Félix Koulov, diplômé de l'Académie du ministère de l'Intérieur de l'URSS, fut ministre de l'Intérieur du Kirghizistan indépendant (1991-1992) puis ministre de la Sécurité nationale (services secrets, en 1997-1998). En 1998, il lâche le président Akaïev pour fonder le parti d'opposition Ar-Namys (Dignité). «Il a toutes les chances de devenir le leader, c'est la principale personnalité de l'opposition kirghize», relève Alexeï Malachenko, spécialiste de l'Asie centrale à la fondation Carnegie de Moscou. Et du fond de sa prison, il avait annoncé qu'il serait candidat à la prochaine présidentielle.