Face à une menace djihadiste d’une rare résilience, les Etats du sud du Sahara s’emploient à mieux coordonner leurs efforts. Le Nigeria, le Niger, le Tchad et le Cameroun avaient donné l’exemple en 2015 en créant une «Force multinationale mixte», chargée d’accroître la pression sur le groupe Boko Haram. Le Mali, le Niger et le Burkina Faso ont annoncé mardi le lancement d’une «Force multinationale de sécurisation du Liptako-Gourma» afin de combattre, un peu plus à l’ouest, une myriade de mouvements armés.

L’armée française est intervenue massivement dans la région en 2013 suite à la conquête de plusieurs villes maliennes - Gao et Tombouctou notamment – par des groupes djihadistes. Après avoir repoussé les rebelles à l’occasion d’une opération coup de poing baptisée «Serval», elle a fusionné l’ensemble de ses troupes stationnées dans la région au sein d’une opération de plus longue haleine, «Barkhane», une force de 4000 hommes, dotée d’un poste de commandement à N’Djamena et d’une petite dizaine de bases terrestres et aériennes au Tchad, au Niger et au Mali.

Ce déploiement de forces présente un bilan «particulièrement accablant», commente dans un récent rapport l’association Survie, une organisation de référence sur les interventions françaises en Afrique. «Depuis le lancement de Barkhane, les combats et les attaques n’ont jamais cessé, souligne le document. Forte de plus de 12 000 personnes, la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA)» constitue d’ailleurs l’opération onusienne «subissant le plus de pertes depuis son lancement.»

Recrudescence des attaques contre les troupes

Les derniers événements donnent raison à l’association. Dans le nord du Mali, une contrée particulièrement désertique, la région de Kidal a connu récemment une recrudescence des attaques djihadistes contre les troupes maliennes et les forces de l’ONU. Pire encore: la semaine passée, la grande ville de Gao, sur les bords du Niger, a été le théâtre d’un attentat suicide particulièrement sanglant. L’opération a fait près de 80 morts dans les rangs de groupes armés qui s’étaient combattus dans le passé mais avaient décidé de collaborer désormais dans des patrouilles mixtes, des troupes porteuses d’espoir, destinées à préfigurer une future armée nationale unitaire.

L’inquiétude est d’autant plus grande que l’insécurité gagne du terrain. Au Niger, d’abord, où des djihadistes ont exécuté 22 soldats d’une balle dans la tête lors d’une attaque d’un camp de réfugiés maliens à Tazalit, dans la région de Tahoua, le 7 octobre 2016. Dans le centre du Mali, ensuite, où les tensions sont vives depuis que l’armée régulière a repris à la rébellion la région de Mopti. Les militaires soupçonnent en effet les populations locales d’avoir un peu trop fraternisé avec les djihadistes. Et les populations locales accusent les militaires de les avoir non seulement désarmées mais aussi lourdement amendées sous prétexte que l’Etat ne les avait pas autorisées à se procurer des fusils.

La violence djihadiste a fini par déborder sur le Burkina Faso. «Le 12 octobre dernier, une attaque – non revendiquée – a ciblé un poste militaire d’Intangom, un village situé à quelques kilomètres» de la frontière malienne», indique une récente note du Groupe de recherche et d’information sur la paix et la sécurité (GRIP), à Bruxelles. Deux mois plus tard, le 16 décembre, «douze militaires burkinabés ont été tués» […] à Nassoumbou», dans ce qui représente, selon les autorités, «la plus grosse attaque djihadiste jamais perpétrée» contre l’armée. Une opération qui a eu lieu, cette fois, quelque 70 kilomètres à l’intérieur du territoire national.

«Dans ce contexte, explique le GRIP, les autorités ont décidé de renforcer leur dispositif de sécurité dans la capitale ainsi que dans les zones frontalières avec le Mali et le Niger.» Pour ce faire, Ouagadougou a décidé de rapatrier notamment les troupes burkinabées présentes sur des terrains extérieurs, soit au Mali (dans la MINUSMA) et au Darfour. Un branle-bas de combat qu’est venue complété mardi une collaboration régionale renforcée.