José-Manuel Barroso a composé une équipe de combat. Sa seconde Commission européenne, nommée ce vendredi, distingue en effet plusieurs personnalités connues pour leurs compétences ou leur entregent politique auprès des grandes capitales de l’Union. Un savant partage avec, d’un coté, des commissaires ayant fait leurs preuves, comme le socialiste espagnol Joaquim Almunia nommé à la Concurrence après avoir été en charge des affaires économiques et monétaires; le Finlandais Olli Rehn qui récupère ce portefeuille de l’économie après avoir eu l’élargissement de 2004 à 2009; la Néerlandaise Nelly Kroes en charge de l’agenda numérique ou le Letton Andries Piebalgs, qui passe de l’énergie au développement. Le cas de la Britannique Catherine Ashton, nommée le 19 novembre par les 27 Hauts représentants pour les Affaires étrangères et vice-présidente de la Commission, après avoir depuis un an conduit la politique commerciale de l’Union, complète ce tableau.

S’y ajoutent, de l’autre coté, des nouveaux venus expérimentés en prise directe avec leurs gouvernements, tels l’ancien ministre de l’Agriculture français Michel Barnier, qui obtient le marché intérieur, avec les services financiers; l’actuelle ministre suédoise des Affaires européennes Cecilia Mallmström qui dirigera les affaires judiciaires; ou l’actuelle ministre danoise de l’Environnement Connie Hedegaard, qui suivra les négociations climatiques.

La seule interrogation, susceptible de causer des difficultés lors des auditions devant les eurodéputés prévues en janvier, paraît être l’attribution du portefeuille de l’énergie à l’Allemand Guenther Oettinger, alors que les convergences d’intérêts entre Berlin et Moscou sont désapprouvées par de nombreux pays membres de l’Union. La chancelière Angela Merkel avait, il est vrai, poussé pour cette décision.

Au-delà, deux choses sont à retenir de cette nouvelle équipe dirigée par l’ancien premier ministre portugais, réélu, lui, le 16 septembre par le Parlement européen.

La première est que cette Commission Barroso II a les moyens humains de donner une vraie impulsion. Contrairement à la précédente, constituée au lendemain de l’élargissement aux dix nouveaux pays membres puis complétée en 2007 par l’arrivée des commissaires bulgares et roumains, cette équipe est, pour l’essentiel, composée de personnalités expérimentées dont les relais politiques nationaux seront utiles lorsqu’il s’agira de négocier avec le Parlement européen doté de pouvoirs étoffés, et avec le Conseil (les pays membres) présidé par Herman Van Rompuy. Une bonne partie de sa crédibilité, par conséquent, dépendra de ses priorités et, surtout, de sa capacité à s’émanciper rapidement de la tutelle des Etats. Car sans indépendance affirmée, cette somme de compétences ne sera guère productive pour l’UE post-Traité de Lisbonne.

La seconde chose à retenir est la spécialisation plus grande des portefeuilles. Comme il l’avait promis, José-Manuel Barroso a ainsi scindé l’environnement et le climat, de même que les droits fondamentaux et la justice, coté sécurité. Mais l’on notera également la création d’un portefeuille de la coopération internationale dissociée du développement, deux missions étroitement liées au portefeuille des Affaires étrangères que détiendra Catherine Ashton. Une répartition des rôles qui, in fine, donnera plus de possibilités d’arbitrage à M. Barroso.

Car là est la clef. Le président de la Commission, est, au vu des nominations récentes à la tête du Conseil européen et de la diplomatie, l’homme clef du dispositif communautaire. Y compris sur des sujets sensibles comme le marché intérieur et les services financiers, confié certes à un Français comme l’exigeait Nicolas Sarkozy, mais flanqué d’un rapport préalable commandé à l’ancien commissaire italien Mario Monti. José-Manuel Barroso a, pour résumer, distribué les cartes de telle sorte qu’il garde, pour l’heure, les atouts en main.