La défaite était annoncée. La débâcle n’en est pas moins amère pour la CDU d’Angela Merkel. Hier, en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, les conservateurs n’ont convaincu qu’un électeur sur quatre (26,3 % des suffrages), reculant de près de 10 points par rapport au dernier scrutin de 2010. Incapables de faire adopter le budget 2012 faute de majorité stable, le SPD et les Verts au pouvoir dans la région avaient convoqué des élections anticipées voici deux mois. Ils viennent d’être reconduits par les électeurs à la tête de ce Land votant traditionnellement à gauche. Hier soir, SPD (39%) et Verts (11,6%) semblaient assurés de pouvoir gouverner seuls, sans l’appui des libéraux (8,4% des voix) ou des Pirates (7,7%).

Norbert Röttgen, ministre de l’Environnement et «fils préféré de Merkel», selon la presse allemande, n’a pas convaincu avec des thèmes tout droit importés de la politique fédérale, notamment la lutte contre les déficits. Tout au long de sa campagne, Röttgen a tenu le même discours que sa patronne, promettant de «ne pas financer les promesses électorales» de François Hollande en laissant filer la dette régionale. «Son erreur n’a pas été de reprendre ces thèmes. La Rhénanie est un des Länder les plus endettés du pays. Mais le problème est qu’il n’a pas dit où il était possible de faire des économies», explique Volker Kronenberg, politologue à Bonn.

Maigre consolation pour Angela Merkel qui ne les aime guère, les libéraux du FDP, avec qui elle dirige la coalition au pouvoir à Berlin, ont réalisé un score inattendu. Les libéraux avaient subi au cours des derniers mois une série de défaites fracassantes, laissant présager d’une possible disparition prochaine du paysage politique allemand.

Angela Merkel s’attendait à cette nouvelle défaite de son parti à l’heure où elle a plus que jamais besoin du soutien de son opinion pour maintenir sa ligne d’austérité face à François Hollande et à Athènes.

Pourtant, contrairement à ce qu’affirmaient hier les sociaux-démocrates, il n’est pas sûr que la chancelière ait à souffrir de la défaite de Düsseldorf. Volker Kronenberg estime que le résultat de dimanche «aura un impact limité pour Angela Merkel» dans la ­perspective des législatives de l’automne 2013. «Angela Merkel avait anticipé cette défaite en Rhénanie avant les élections, estime Josef Joffe, membre du comité éditorial du magazine Die Zeit. De toute façon, elle doit déjà vivre avec un Bundesrat dans lequel l’opposition bloque en ce moment même deux de ses projets: la réforme fiscale et la diminution des subventions au solaire. Une victoire du SPD en Rhénanie ne change rien au rapport des force, puisque ce Land était déjà dirigé par le SPD. L’Allemagne est dirigée à Berlin. Et là, la majorité est assurée, parce que le FDP ne peut pas et ne veut pas sauter dans le lit du SPD et des Verts. Même à l’issue des élections 2013, on n’aura pas de majorité SPD-Verts à Berlin. Il est vraisemblable que l’on ait de nouveau une grande majorité, de la CDU et du SPD. Merkel reste la reine non couronnée d’Europe. Qui peut menacer de lui prendre son trône? Ni la Grande-Bretagne ni la France, encore moins l’Italie. Les trois grands seront de nouveau des concurrents valables, lorsqu’ils auront mis de l’ordre dans leur économie.»

«Le SPD est incapable de s’imposer au niveau fédéral, car il lui est impossible de trouver des thèmes mobilisateurs, estime Franck Decker, politologue à l’Université de Bonn. Le débat politique est dominé par le sauvetage de l’euro et la politique d’austérité. Or sur ce point, la population soutient le cours imposé par le gouvernement.» 59% des Allemands soutiennent la politique d’économies défendue par Angela Merkel, selon les sondages.

A Düsseldorf, le SPD frôle 40% des voix et devrait pouvoir gouverner seul avec les Verts. Les deux partis étaient crédités hier soir de 120 sièges au parlement de Düsseldorf, soit une majorité confortable de 9 sièges. La populaire cheffe du Land, la sociale-démocrate Hannelore Kraft sort renforcée du scrutin. Charismatique, Hannelore Kraft, s’est aussi montrée proche des gens, comme lors du drame de la Love Parade de Duisburg: 21 personnes étaient décédées dans un mouvement de foule lors de la manifestation.

Les élections de Rhénanie-du-Nord-Westphalie auront ainsi indirectement des conséquences pour la Suisse. Les sociaux-démocrates des bords du Rhin ont en effet pris la tête de la fronde anti-«Rubik» au Bundesrat, la chambre représentant les Länder, dont l’aval est indispensable pour la ratification du texte en Allemagne.

«Angela Merkelreste la reine non couronnée d’Europe»