Rarement un scrutin régional aura suscité un tel intérêt au niveau national en Allemagne. Les 4,4 millions d’électeurs du Land de Hesse, la région de Francfort, renouvelaient dimanche leur parlement régional. Le vote, deux semaines après une élection catastrophique pour le camp conservateur d’Angela Merkel en Bavière, pourrait être lourd de conséquences pour la Grande Coalition au pouvoir à Berlin: l’alliance des chrétiens-démocrates de la CDU-CSU avec les sociaux-démocrates du SPD, très impopulaire, a subi des pertes importantes dans cette région, l’une des plus riches de l’Allemagne et où règne le plein emploi.

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Progression des Verts et de l’extrême droite

Selon des résultats provisoires, la CDU a perdu plus de 10 points par rapport au scrutin de 2013, à 28%. Même baisse pour le SPD, à 20%. Le recul des partis traditionnels a profité aux Verts (qui, avec 19,5% des voix, ont progressé de 8,4 points) et au parti d’extrême droite AfD (12%). L’AfD – qui a fait son entrée au Bundestag voici un an – est désormais également représentée dans l’ensemble des 16 parlements régionaux dans le pays.

Plusieurs options de coalitions étaient possibles dimanche soir à Wiesbaden, la capitale régionale. Une reconduction de l’alliance de la CDU et des Verts, au pouvoir depuis 2013 dans la région, est vraisemblable. Mais l’équilibre des forces s’est largement modifié. Le ministre-président du Land, Volker Bouffier, un proche d’Angela Merkel, pourra sauver son poste grâce au bon score des Verts. Près de 100 000 électeurs de la CDU ont cette fois-ci voté pour les Verts; 84 000 ont rejoint les rangs de l’AfD.

Les écologistes, épouvantail des classes moyennes dans les années 80, sont désormais arrivés «au cœur de la société», selon le politologue Gero Neugebauer, de l’Université libre de Berlin. Selon un sondage réalisé dimanche à la sortie des bureaux de vote, 75% des électeurs de Hesse se disaient «favorables» à la participation des Verts au pouvoir dans la région, contre 58% en 2013. Les Verts étaient pour la première fois entrés au gouvernement régional en 1985. Enfant terrible de la politique allemande, l’ancien ministre des Affaires étrangères de Gerhard Schröder, Joschka Fischer, avait alors fait scandale dans le pays en prêtant serment chaussé de légendaires baskets blanches.

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Des conséquences pour Berlin

La chute des partis traditionnels CDU et SPD au profit des petits partis pourrait être lourde de conséquences pour la coalition au pouvoir à Berlin, et pour Angela Merkel. «La Hesse va-t-elle faire exploser la Grande Coalition?» se demande le quotidien Bild. «La Hesse vote, Berlin tremble», ajoute le quotidien de centre gauche Süddeutsche Zeitung, qui estime que la chancelière «n’a jamais été autant sous pression». «C’est un signal en direction de la Grande Coalition», concède Lars Klingbeil, secrétaire général du SPD. Un sondage réalisé le jour du vote confirme cette analyse. 80% des personnes interrogées se déclaraient «satisfaites» avec l’action du gouvernement régional. Mais 86% étaient critiques à l’encontre du gouvernement Merkel, 79% étant d’avis que la coalition au pouvoir à Berlin «s’occupe plus de ses conflits internes que des intérêts de la population»; 50% estimant que l’élection de Hesse serait pour eux «l’occasion de manifester leur insatisfaction» envers Angela Merkel.

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La menace pour la chancelière est d’autant plus forte qu’elle doit affronter début décembre un vote des militants pour la présidence de son propre parti. «Personne ne peut dire à quel point les choses vont rester stables après ce vote pour la chancelière», a prévenu Annegret Kramp-Karrenbauer, la secrétaire générale de la CDU, une proche d’Angela Merkel. Le nouveau revers de son parti en Hesse affaiblit de fait un peu plus une chancelière qui semble usée par treize années au pouvoir. «Il faut mettre fin aux débats au sein du gouvernement, ajoute Annegret Kramp-Karrenbauer. La Grande Coalition doit absolument se concentrer sur deux ou trois projets importants qu’elle entend réaliser à tout prix dans les prochains mois.»

Depuis les législatives de l’automne 2017, les partis au pouvoir ont perdu six mois à constituer le nouveau gouvernement, avant de se quereller sur les questions migratoires. Aucune des réformes prévues par le contrat de coalition n’a à ce jour été adoptée, aggravant l’impatience de l’électorat.