La diplomatie européenne est en train de naître. Institué par le Traité de Lisbonne, et dirigé par Catherine Ashton, haut-représentante de l’UE pour la politique étrangère, le futur «service d’action extérieure de l’Union européenne» a franchi lundi une étape décisive à Madrid.

Les représentants du Conseil (les pays membres), de la Commission et du Parlement européens ont en effet conclu un «accord politique» sur les contours, le budget, le contrôle et les compétences de cette nouvelle diplomatie communautaire, avec laquelle la Suisse devra bientôt traiter.

Le Parlement européen, investi par le Traité de Lisbonne de pouvoirs accrus, exigeait de contrôler le budget de ce futur service diplomatique alors que les Etats membres le conçoivent comme une institution «sui generis», c’est-à-dire indépendante des autres entités existantes, telles que la Commission. Le compromis de Madrid, qui doit encore être approuvé par une majorité d’eurodéputés, accepte au final une formule hybride.

Le service d’action extérieure, en charge de tout l’éventail des relations diplomatiques de l’UE, demeurera une institution à part, mais il devra rendre compte et travailler étroitement avec les autres directions de la Commission (Commerce, Fiscalité, Concurrence…). Sa dimension restera modeste, avec environ 1000 fonctionnaires dont 30% en provenance des pays membres. Il sera dirigé par un secrétaire général et deux secrétaires généraux adjoints. Le premier poste, à en croire les rumeurs à Bruxelles, serait déjà promis à l’actuel ambassadeur de France à Washington, Pierre Vimont. Selon l’AFP, les deux autres postes pourraient revenir d’une part à un Polonais, l’actuel secrétaire d’Etat aux Affaires européennes Mikolaj Dowgielewicz, et d’autre part à une Allemande, Helga Schmid.

Deux points cruciaux, sur le plan de la visibilité internationale de l’Union européenne, ont été tranchés. Le premier est le rattachement de l’aide au développement à ce service d’action extérieure. Un commissaire européen désigné restera en charge de ce dossier – actuellement, le Letton Andris Piebalgs – mais les desk «pays» seront centralisés et réunis. En clair: les décisions sur l’aide dépendront de ce nouveau service diplomatique, et perdront donc en indépendance.

Le mot «intérêt européen» a d’ailleurs été plusieurs fois prononcé par l’entourage de Catherine Ashton, en déplacement en Inde ces jours-ci. De quoi irriter les organisations non-gouvernementales qui plaident pour une séparation stricte entre l’action politique et l’aide au développement.

Le second point est la transformation attendue des actuelles «délégations de la Commission européenne», comme celle ouverte en Suisse le 1er janvier 2008. Une fois le service d’action extérieure crée, sans doute au 1er décembre (le recrutement pour les nouveaux postes devrait démarrer à l’automne) celles-ci seront rebaptisées «délégations de l’Union européenne» et accueilleront en leur sein des diplomates détachés des pays membres.

Pour la Confédération, le changement n’est pas mince: des experts nationaux pourraient dans le futur «assister» la délégation à Berne sur les questions plus que sensibles, comme la fiscalité. Le fait que Catherine Ashton soit directement responsable devant les Vingt-Sept, en plus d’être aussi vice-présidente de la Commission, devrait aussi accroître le caractère politique, donc volatile, du traitement des dossiers. Ce qui, dans le cas de la relation bilatérale, exigera encore davantage de doigté et d’habileté dans les négociations du coté helvétique, habitué jusque-là à traiter avec les fonctionnaires de la DG Relex, le bras armé de la Commission en matière de relations extérieures.

L’accord politique obtenu à Madrid doit encore être validé par un vote des eurodéputés en séance plénière. Si ce vote a lieu en juillet, les délais prévus devraient être respectés et l’UE pourra démarrer, cahin-caha, l’année 2011 avec des ambassades dignes de ce nom. Sur le papier du moins.