Combien de temps Gordon Brown va-t-il tenir? Le premier ministre britannique a essuyé jeudi une nouvelle défaite électorale humiliante, dans son propre bastion écossais. Lors d'une élection législative partielle à Glasgow East, les travaillistes se sont fait battre sur le fil par les indépendantistes du SNP (Scottish National Party).

Difficile de surestimer l'importance du choc. En 2005, la même circonscription avait été remportée à 61% par les travaillistes, devant le SNP qui n'avait que 17% des voix. Cette fois-ci, le SNP a gagné avec 43,9% des voix, contre 42,5% pour le Labour.

«Ce genre de retournement est déjà arrivé par le passé, mais il y a d'habitude des circonstances locales particulières. Ce n'est pas le cas cette fois-ci», analyse le politologue John Curtice. Il s'agit de la troisième grave défaite travailliste en autant de mois, après la perte de Londres et des municipales anglaises en mai, et d'une élection partielle en juin.

Réaction à la hausse des prix

La gifle est doublement douloureuse pour Gordon Brown. D'abord, il est lui-même Ecossais et il est humilié dans son pré carré. D'autre part, l'explication n'est pas à chercher dans un quelconque renouveau des conservateurs, quasiment inexistants en Ecosse. Il s'agit bien d'un désaveu du gouvernement.

Le problème est avant tout économique. Les électeurs sanctionnent Gordon Brown après que les hausses des prix de l'essence, de l'énergie et de l'alimentation les eurent touchés directement. Le premier ministre est jugé d'autant plus responsable qu'il a été ministre de l'Economie pendant dix ans.

La défaite pose désormais la question de la survie de Gordon Brown. Graham Stringer, député de Manchester peu connu, a été le premier à oser le dire publiquement vendredi, demandant la démission du premier ministre britannique: «Nous allons vers un désastre. Nous n'avons pas le renouveau attendu.» Il a été soutenu par Paul Kenny, le secrétaire général de GMB, l'un des principaux syndicats britanniques.

Pour l'instant, aucun poids lourd travailliste ne s'est joint à ces appels à la démission. Ils attendent le congrès annuel du Labour fin septembre.

Pression des syndicats

Mais un «coup d'Etat» n'est plus exclu. D'autant plus que le Labour fait aussi face à une crise financière. Face à sa chute dans les sondages, la plupart des donateurs privés se sont détournés. Le financement dépend désormais très largement des syndicats: ils ont fourni 82% de l'argent des travaillistes cette année, contre seulement 53% en 2003.

Les syndicats se sentent donc en droit d'imposer leurs revendications, notamment l'imposition du salaire minimum pour les stagiaires ou la cantine gratuite pour tous les écoliers. Mais un virage à gauche serait politiquement suicidaire pour Gordon Brown, alors que les Tories occupent actuellement le centre de l'échiquier politique.

Le leader britannique, qui rencontrait vendredi les syndicats, leur a donc demandé de ne pas paniquer, espérant que la situation se retourne d'ici aux élections générales de 2010. Mais tous les faits viennent le contredire. «Un rebond sera très difficile, estime le politologue John Curtice. Aucun gouvernement qui a été durablement en dessous de 30% de soutiens dans les sondages n'a réussi à se faire réélire.»