«Je chante pour les Palestiniens»

Proche-Orient Le jeune Gazaoui Mohammed Assaf donnait un concert mercredi soir à Genève en faveur de ses compatriotes réfugiés

Percer dans la musique était-il le meilleur moyen de quitter Gaza? Pour la première fois de l’entretien, le sourire impeccable du chanteur Mohammed Assaf se fige. «Non, ce n’est pas du tout ça», corrige le jeune homme de 25 ans, adulé au Moyen-Orient depuis qu’il a remporté l’émission Arab Idol en 2013.

Le Palestinien, qui doit son succès autant à sa voix qu’à son incroyable histoire, chantait mercredi soir dans un grand hôtel genevois en faveur de l’organisation onusienne de secours aux réfugiés palestiniens (UNRWA) dont il est l’ambassadeur. Une manière de rendre à cette agence ce qu’elle lui a donné. Comme tant d’autres Gazaouis, Mohammed Assaf a été scolarisé dans l’une des écoles de l’UNRWA, dont certaines ont été bombardées l’été dernier par l’armée israélienne. Sa mère et sa sœur y enseignent toujours.

L’idole arabe est désormais installée à Dubaï, siège du groupe audiovisuel MBC (Middle East Broadcasting Center) qui l’a lancé et qui le produit. «Vous refuseriez une telle occasion?» demande-t-il.

Il a raté son audition

Le chanteur assure retourner aussi souvent que possible dans les territoires palestiniens. Le mois dernier, il donnait un concert dans le camp de réfugiés de Khan Younès, à Gaza, là où il a grandi. «Dans le monde arabe, des millions de gens connaissent mes chansons, dit-il sans fausse modestie. C’est un message d’espoir pour la jeunesse palestinienne. Malgré toutes les difficultés, si vous avez un but, vous pouvez y arriver.»

Mohammed Assaf a bien failli ne jamais réaliser son rêve. Il a été bloqué pendant deux jours pour sortir de Gaza, à la frontière égyptienne. Arrivé en retard à la première audition en Egypte, il n’a dû son salut qu’au désistement d’un autre candidat. Ce dernier avait estimé que le Gazaoui avait plus de chances que lui de parvenir en finale. Cette histoire a fait la légende du chanteur. «Tout est vrai et c’était encore bien plus difficile que vous pouvez l’imaginer, jure-t-il. Israël maintient un siège sur la bande de Gaza depuis neuf ans. Sans cela, il y aurait des dizaines d’autres artistes qui pourraient faire une carrière internationale.» Serait-il prêt à chanter un jour en Israël? Il ne dit pas non. «Mais tant que l’occupation et la spoliation des Palestiniens se poursuivent, ce n’est pas d’actualité.»

Selon sa mère, Mohammed Assaf chante depuis qu’il a 5 ans. Il a fait ses premiers pas sur scène dans des fêtes privées, d’où son surnom de chanteur des mariages. Devenu une célébrité locale, il a eu maille à partir avec les islamistes du Hamas, qui contrôlent la bande de Gaza. «J’ai été arrêté une fois. C’était avant que je gagne Arab Idol», sourit-il. Son attaché de presse coupe aussitôt. «C’est trop sensible.»

Le jeune artiste ne veut pas se prononcer sur les querelles interpalestiniennes, même s’il a toujours porté haut les couleurs de son pays. La chanson qui l’a fait gagner devant les téléspectateurs était un hymne patriotique. Sur scène, il arbore régulièrement le keffieh, symbole de la résistance palestinienne. «Je chante pour les gens, pas pour les politiciens. La cause des réfugiés me tient particulièrement à cœur», dit-il. Avant d’expliquer qu’il essaie de rester indépendant et de ne pas se faire instrumentaliser.

Accueilli en héros

La victoire du chanteur palestinien avait provoqué des manifestations de joie dans les territoires palestiniens. A son retour, il avait été accueilli en héros. Pendant la compétition, le président Mahmoud Abbas avait appelé les Palestiniens, agglutinés devant leur télévision, à voter pour lui. Il lui a ensuite accordé un passeport diplomatique, ce qui facilite ses déplacements. Des officiels du Hamas n’ont pas été en reste, se félicitant du succès de l’enfant de Gaza. «Certains sont plus ouverts d’esprit que d’autres. Moi, je suis croyant, dit-il en montrant son cœur, mais je peux aussi penser avec mon cerveau.»