états-Unis

Nouvelle victime par tweet à la Maison-Blanche

L’hémorragie de départs se poursuit sous Donald Trump: le ministre des Affaires étrangères, Rex Tillerson, est remplacé par le patron de la CIA. A quelques semaines d’un probable sommet avec Kim Jong-un

La situation devenait intenable pour Rex Tillerson, régulièrement marginalisé, écarté, humilié par Donald Trump. Le voilà remplacé par Mike Pompeo, le patron de la CIA, dont le nom circulait déjà depuis longtemps pour lui succéder. C’est par un tweet, mardi matin, son canal d’information habituel, que le président américain a fait savoir qu’il se séparait de son secrétaire d’Etat.

Lire aussi: Sommet Donald Trump – Kim Jong-un: avantage à la Corée du Nord

Ce limogeage intervient alors que Donald Trump vient d’accepter une rencontre à hauts risques avec le leader nord-coréen Kim Jong-un, un sommet historique qui donne déjà des sueurs froides aux diplomates et aux services secrets des deux pays. Du côté américain, c’est donc avec un Ministère des affaires étrangères décapité et déplumé – des postes de hauts cadres n’ont toujours pas été repourvus –, et alors que l’expert de la Corée du Nord, Joe Yun, vient d’en claquer la porte, que la rencontre est «préparée».

Couacs à propos de la Corée du Nord

Rex Tillerson a d’ailleurs dû rétropédaler ces derniers jours dans ce dossier sensible. Il n’avait pas caché son scepticisme face aux intentions de dénucléarisation de la Corée du Nord et à la tenue de négociations. Mais peu après la confirmation par Donald Trump d’une possible rencontre entre les deux leaders, il a dû changer de ton et tenter de masquer le fait qu’il n’était pas au courant des dernières manœuvres. La Maison-Blanche de son côté redouble d’énergie pour assurer que c’est l’intransigeance et la fermeté de Donald Trump qui ont permis une telle ouverture avec Kim Jong-un.

Et celui qui a mis le plus de cœur à relayer cette version n’est autre que… Mike Pompeo. «Il a mis une pression énorme sur les Nord-Coréens, ce qui a eu un véritable impact sur le régime et son économie, et a poussé Kim Jong-un à venir vers nous et dire qu’il veut commencer à discuter selon des conditions que les Etats-Unis n’avaient jamais obtenues auparavant», a souligné, samedi sur NBC, celui qui était encore directeur de la CIA.

Lire aussi: Trump-Tillerson: à quand la rupture définitive?

Un départ attendu

Le départ de Rex Tillerson était prévisible depuis longtemps, tant ses relations avec Donald Trump, qu’il aurait osé qualifier de «crétin» (moron) en marge d’une rencontre au Pentagone, étaient tendues et en dents de scie. L’ancien PDG de la compagnie pétrolière Exxon Mobil a vécu les derniers soubresauts sur la Corée du Nord depuis l’Afrique. Lundi, il annonçait devoir écourter sa tournée africaine, et rentrer un jour plus tôt que prévu à Washington, en raison d'«exigences professionnelles».

Samedi, il avait déjà annulé son programme au Kenya pour raisons de santé. Dans l’avion du retour, nul doute que le secrétaire d’Etat savait qu’il était probablement en train de vivre ses dernières heures à la tête de la diplomatie américaine. Steve Goldstein, un de ses adjoints, s’est bien gardé, mardi, de donner dans le langage diplomatique, provoquant son propre licenciement. Aucun contact direct entre Trump et Tillerson n’a eu lieu avant le limogeage, a-t-il tenu à faire savoir sur Twitter. Le désormais ex-secrétaire d’Etat «ignore» les raisons de sa mise à l’écart et avait la «ferme intention» de rester à son poste. Ambiance.

Lire aussi: Mike Pompeo, un coriace à la tête de la CIA

Marge de manœuvre très faible

Rex Tillerson, qualifié dans un éditorial du Washington Post de «petit chien de Donald Trump», n’a pas caché, à plusieurs reprises, ne pas partager les vues du président sur des dossiers cruciaux comme l’Iran, la Russie, la Corée du Nord ou encore le réchauffement climatique. Sa marge de manœuvre était très faible. Féroce, le sénateur républicain Bob Corker a été jusqu’à parler de «castration» du secrétaire d’Etat par le président américain.

Dans ces conditions, il est étonnant qu’il n’ait pas songé à démissionner avant d’être limogé. Le secrétaire général John Kelly l’aurait retenu. Jusqu’à ce que la perspective d’un sommet avec la Corée du Nord soit devenue le prétexte d’un nouveau nettoyage de printemps, dans un contexte où les têtes sont habituées à valser sous la Maison-Blanche.

Adepte de la torture?

Virulent critique de l’administration Obama, Mike Pompeo est un farouche adversaire de l’accord sur le nucléaire iranien. Ancien officier de l’armée, membre du Tea Party, il a hérité d’une CIA déstabilisée, en pleine crise de confiance, qu’il voulait rendre «agressive, brutale, implacable et impitoyable»; le voilà qui s’apprête à vivre la même expérience au Secrétariat d’Etat américain. On le dit proche de Donald Trump, alors qu’il n’a pas fait partie de ses soutiens de la première heure: il s’était d’abord rangé du côté de la candidature de Marco Rubio.

Le nom de Mike Pompeo est surtout associé au waterboarding. Une méthode d’interrogatoire musclée par simulation de noyade. Ou pour le dire plus clairement: par torture. Lors de son audition devant le Sénat pour sa nomination à la CIA, Mike Pompeo a assuré qu’il n’était pas question de revenir à ces méthodes. Mais deux ans plus tôt, il n’avait pas hésité à dire que ceux qui y recouraient étaient des «patriotes, pas des tortionnaires».

Publicité