Le premier ministre kosovar, Hashim Thaçi, est un des «plus gros bonnets» du crime organisé au Kosovo, estime l’OTAN dans un rapport secret dont des extraits ont été publiés mardi dans le quotidien britannique The Guardian.

Selon ce rapport de la Force de l’OTAN au Kosovo (Kfor), cité par le journal, Hashim Thaçi est l’une des trois plus importantes figures du crime organisé au Kosovo, aux côtés d’un haut responsable qui entretient des liens avec la mafia albanaise.

Ce dernier, Xhavit Haliti, ancien résident suisse comme Hashim Thaçi, naguère chargé de la logistique de l’Armée de libération du Kosovo (UCK, «tient les rênes derrière Thaçi». Il s’est tourné vers le crime organisé «à grande échelle», dont la prostitution, le trafic d’armes et de drogues, après l’épuisement d’un fonds destiné à financer la guerre au Kosovo dans les années 1990, ajoute le rapport. Xhavit Haliti, qui se promenait volontiersd armé d’un pistolet tchèque de calibre 9 mm, serait en outre lié au meurtre d’un journaliste, Ali Uka, à Tirana en 1997.

Un porte-parole de la Kfor, Hans Dieter Wichter, a indiqué que la Force de l’OTAN au Kosovo avait entamé une «enquête interne sur l’origine du document» cité par le quotidien britannique. Il s’agirait d’un «document confidentiel» remontant à 2004 et avant. «En raison de l’enquête en cours, nous ne pouvons commenter» l’article publié par le «Guardian», a poursuivi le porte-parole.

Par ailleurs, à Strasbourg, les parlementaires du Conseil de l’Europe ont adopté le rapport du Suisse Dick Marty sur un trafic d’organes de prisonniers serbes, attribué à des responsables de l’Armée de libération du Kosovo (UCK).

Dans une résolution, adoptée par 169 voix pour, 8 contre et 14 abstentions, l’APCE réclame «une enquête sérieuse et indépendante» concernant «l’existence de centres secrets de détention où des traitements inhumains auraient été infligés à des prisonniers provenant du Kosovo, d’origine aussi bien serbe qu’albanaise», pendant et après le conflit dans l’ex-province de Serbie (1998-1999).

«L’enquête doit être étendue également à la vérification des allégations, également précises, concernant un trafic d’organes qui aurait eu lieu au cours de la même période et en partie sur territoire albanais», ajoute le texte.

L’Assemblée a également demandé aux autorités albanaises et à l’administration kosovare de «collaborer sans réserve» avec la Mission de police et de justice de l’Union européenne (Eulex) «pour faire la lumière sur des crimes commis au Kosovo».

Certaines victimes de prélèvements d’organe étaient des prisonniers serbes détenus après l’été 1999 dans des camps secrets de l’Armée de libération du Kosovo (UCK) en Albanie. Dans son document de 27 pages, Dick Marty met en cause le «Groupe de Drenica» qui regroupait des responsables de l’UCK. Selon le juge tessinois, leur chef était l’actuel Premier ministre kosovar Hashim Thaçi.

«Les victimes étaient des Serbes, des Kosovars albanais considérés comme des traîtres ou des membres de groupes rivaux, pour nous ce sont avant tout et seulement des êtres humains», a indiqué le conseiller aux Etats, qui a demandé «une véritable enquête, pas un exercice d’alibi».

Il a rappelé n’avoir jamais affirmé que M. Thaçi était directement impliqué dans ce trafic d’organes, soulignant toutefois qu’il est «difficile de penser qu’il n’en a jamais entendu parler».

Le Kosovo n’est pas un Etat-membre du Conseil de l’Europe mais Hashim Thaçi a assuré, dans un courrier à l’organisation, que son gouvernement «coopérerait pleinement» à une enquête indépendante et transparente qui «démontrera qu’il n’y a pas de fondements à de telles accusations».

Les parlementaires doivent se prononcer dans l’après-midi sur un projet de texte qui demande notamment aux autorités albanaises et à l’administration kosovare de «collaborer sans réserve» avec Eulex et les autorités serbes pour faire la lumière sur des crimes commis au Kosovo et dans le nord de l’Albanie.