Des incidents survenus à Maevka ont fait cinq morts, dont deux ont succombé à des blessures par balles, a indiqué le ministère kirghize de la Santé. Quarante personnes ont été blessées, parmi lesquelles dix policiers, selon le ministère de l’Intérieur. Des émeutiers ont «afflué dans Maevka et commencé à casser, voler et tuer», a raconté à des journalistes un habitant, Alexandre Konstantin. «Ils ont essentiellement pillé et brûlé des maisons de Turcs habitant le village». A la suite de ces incidents, quelque 130 personnes ont été arrêtées par les forces de l’ordre, selon un communiqué du ministère kirghize de l’Intérieur. Mardi, environ 600 policiers patrouillaient dans les rues de Maevka, appuyés par des transports de troupes blindés, a déclaré une source au sein du ministère kirghize de l’Intérieur.

Des centaines de policiers patrouillaient à Maevka, un village situé dans la banlieue de la capitale, Bichkek, théâtre d’affrontements lundi avec les forces de l’ordre. Des Kirghizes se sont appropriés des parcelles de terre appartenant à des Russes et des Turcs chassés de leurs propriétés. «Tous les provocateurs et chefs de bande seront punis conformément à la loi», a averti le gouvernement intérimaire formé au début du mois après un soulèvement populaire sanglant qui a provoqué le départ de Kourmanbek Bakiev.

Mais la tension restait élevée. Un demi-millier de partisans des émeutiers qui avaient pris illégalement possession de terrains ont tenté mardi de se rassembler près d’une gare routière à Bichkek. Ils ont été dispersés par la police et ont lancé des pierres en direction des forces de l’ordre. Au cours d’une autre manifestation, 300 partisans des émeutiers se sont réunis dans le sud de Bichkek pour demander la redistribution des terrains appartenant à Kourmanbek Bakiev et ses alliés. Ce village est habité par des Kirghizes, des Russes et des Turcs Meskhetian. Ces derniers ont vécu en Géorgie jusqu’en 1944 avant d’être déportés en Asie centrale par le régime du dictateur soviétique Joseph Staline.

A Moscou, le président russe, Dmitri Medvedev, a fait part de son soutien au nouveau gouvernement kirghize, lors d’une rencontre mardi avec Islam Karimov, président de l’Ouzbékistan, pays voisin du Kirghizstan. «La Russie et l’Ouzbékistan veulent que les autorités du Kirghizstan soient fortes et la prospérité pour la population», a déclaré Dmitri Medvedev.

Le président déchu, toujours caché

Par ailleurs, l’incertitude demeure sur l’endroit où se trouve l’ex-président kirghize, deux semaines après les affrontements entre policiers et opposants à Bichkek, qui ont fait 85 morts et provoqué sa chute. Kourmanbek Bakiev était arrivé jeudi au Kazakhstan voisin où il a remis sa démission après des négociations coordonnées par la Russie et les Etats-Unis en vue d’apaiser les tensions au Kirghizistan.

Lundi, un porte-parole du ministère kazakh des Affaires étrangères a indiqué que Kourmanbek Bakiev avait quitté le Kazakhstan, ajoutant ne pas connaître sa destination. Le nouveau gouvernement intérimaire kirghize a fait savoir que Kourmanbek Bakiev devrait être traduit en justice à la suite des sanglants affrontements au début du mois à Bichkek.