Il y a un an, Pékin parlait d'une «émergence pacifique» de la Chine sur la scène internationale afin de rassurer les Etats de la région voyant dans la montée en puissance du pays le plus peuplé de la planète une nouvelle «menace». Critiqué au sein du Parti communiste, ce vocabulaire pacifiste a entre-temps été abandonné au profit de rapports de force dictés par des besoins énergétiques de plus en plus importants. Coup sur coup, la Chine vient ainsi de défier le Japon, en mer de Chine, et l'Occident, en Iran, pour s'assurer un meilleur accès au pétrole et au gaz naturel qui font cruellement défaut à l'économie la plus dynamique de la planète.

«Erreur technique»

Ces derniers jours, Pékin et Tokyo sont au bord de la crise diplomatique après l'intrusion d'un sous-marin nucléaire de la marine chinoise dans des eaux dont la territorialité est disputée par les deux pays. Pris en chasse par des destroyers et un avion de surveillance japonais, le sous-marin chinois s'est finalement éloigné des îles connues sous le nom de Senkaku au Japon et de Diaoyu en Chine. Pékin a finalement présenté des excuses officielles, précisant qu'il s'agissait d'une «erreur technique».

Le Ministère du commerce japonais a rapidement lié cette «intrusion» à un projet d'exploration de gaz naturel mené depuis le début de cette année par la Chine. L'Agence internationale pour l'énergie précisait toutefois en début de semaine que «personne ne pense qu'il y ait beaucoup de pétrole et de gaz dans cette région du monde». Pour ne rien arranger, l'incident intervient au lendemain d'un rapport de l'Agence de défense nippone appelant à réviser les plans de défense de l'île en insistant sur l'éventualité d'une attaque chinoise. Pékin a violemment réagi dans un contexte de tensions nationalistes renouvelées entre les deux pays malgré une imbrication économique toujours plus forte. Côté japonais, on espère une reprise du dialogue au plus haut niveau entre les premiers ministres Wen Jiabao et Junichiro Koizumi en marge du sommet de l'APEC (lire ci-dessus).

Tous deux dépourvus de réserves d'hydrocarbures, la Chine et le Japon se livrent à une compétition de plus en plus féroce pour assurer leur approvisionnement. Tokyo semble avoir récemment remporté une manche importante en parvenant à détourner à son profit un immense pipeline russe devant écouler le pétrole sibérien.

Accord avec l'Iran

Une semaine avant l'affaire du sous-marin nucléaire, la Chine s'était illustrée sur un autre front énergétique: l'Iran. Le 6 novembre, Pékin et Téhéran signaient un accord préliminaire de 70 milliards de dollars destiné à faire de la Chine le principal client des hydrocarbures iraniens à la place… du Japon. «Pour des raisons historiques, expliqua alors aux médias chinois le ministre iranien du Pétrole, Bijan Namdar Zanganeh, le Japon a été jusqu'ici le premier importateur de notre énergie. Mais nous voudrions donner la préférence aux exportations vers la Chine.»

Puissant parapluie

L'explication tomba le lendemain, lorsque le ministre chinois des Affaires étrangères, Li Zhaoxing, en déplacement à Téhéran, déclara que la Chine ne voyait pas la nécessité de porter devant le Conseil de sécurité de l'ONU le contentieux nucléaire iranien. Alors qu'une troïka européenne négociait avec le régime islamiste le gel de son programme d'enrichissement d'uranium (permettant la production d'une bombe atomique), Pékin rendait caduque la menace de porter la dispute devant les plus hautes instances onusiennes même si l'éventualité d'un veto chinois n'était pas ouvertement évoquée.

Au nom de ce partenariat stratégique énergétique, la Chine pourrait désormais protéger l'Iran de la même façon qu'elle a protégé la Corée du Nord, même si c'est pour de tout autres raisons. Pékin a, en effet, toujours refusé que le problème nucléaire nord-coréen – contrairement aux supposées armes de destruction massive de l'Irak – soit transféré au Conseil de sécurité de l'ONU, estimant que la Corée du Nord faisait partie de sa sphère d'influence. L'Iran – dont les mollahs au pouvoir ne cachent pas leur admiration pour le «modèle» autoritaire chinois – aurait ainsi trouvé un puissant parapluie.

Iran, Corée du Nord, c'est ce qui reste de l'«Axe du mal» que rêvent de briser les néo-conservateurs américains. S'ils voulaient agir, ils trouveraient cette fois-ci sur leur route un autre puissant courant néo-conservateur: celui du PC chinois.