Un mois après les attentats du 13 novembre, la suspicion demeure sur les défaillances policières. Le Canard enchaîné affirme que le Bataclan, où 90 personnes ont trouvé la mort, était dans le collimateur islamiste depuis 2010, au point que la justice française avait ouvert une enquête, close en septembre 2012. Le fait que des menaces pesaient sur la salle de spectacle, ciblée pour avoir accueilli des manifestations d’organisations juives, était connu et Le Temps s’en était fait l’écho. L’élément nouveau est que la justice les aurait prises au sérieux, ouvrant une investigation sans interpellations à la clef, faute d’éléments suffisants.

Ces éléments sont importants pour les victimes et leurs familles, dont certaines envisagent de porter plainte pour meurtre, afin d’accroître la pression sur la justice qui a confié l’enquête «en flagrance» au parquet antiterroriste. Une des critiques, depuis la nuit fatale, porte sur l’absence de sécurité policière autour du Bataclan. Seuls des vigiles, tués par les terroristes à leur arrivée, étaient là pour assurer la sécurité du groupe Eagles of Death Metal qui a, par ailleurs, annoncé son intention de revenir à Paris en février 2016.

Un «raté» à Molenbeek

Les premiers policiers qui ont pénétré dans la salle, vers 22 heures le 13 novembre, étaient de permanence dans le secteur. Une preuve du manque de vigilance ambiant, alors que, selon Le Canard, des éléments d’Al-Qaida, responsables d’un attentat au Caire en février 2009, envisageaient de s’en prendre au Bataclan. Cette piste remonterait à deux djihadistes: un Belge, Farouk Ben Abbes, arrêté en Egypte en 2009, et un Français, Fabien Clain. Or ce dernier, présumé être en Syrie, est celui qui a enregistré, après les massacres parisiens, la revendication de l’Etat islamique.

En plus de ses soupçons autour du Bataclan, deux autres informations sont venues ces jours-ci compléter le puzzle terroriste toujours incomplet puisque trois des neuf assaillants du 13 novembre restent à identifier: deux des kamikazes du Stade de France, et le suspect tué aux côtés d’Abdelhamid Abaaoud lors de l’assaut à Saint-Denis le 17 novembre. La première concerne la police belge, qui aurait «raté» à Molenbeek, à Bruxelles, le fugitif Salah Abdeslam (coordinateur présumé des attaques contre les terrasses de café, dont le frère Brahim s’est fait exploser au café Le comptoir Voltaire, qui vient de rouvrir) dans la nuit du 15 au 16 novembre, en raison d’une perquisition trop tardive. La seconde information est venue d’Autriche, où la police aurait arrêté le week-end dernier à Salzbourg deux djihadistes français de retour de Syrie, avec de faux papiers syriens. Un homme de 29 ans, suspecté de liens avec les terroristes, a enfin été interpellé mardi à Paris.