Venezuela

De nouvelles sanctions américaines contre le Venezuela

Les sanctions concernent 10 responsables soupçonnés d’avoir sapé le processus électoral en octobre. Par conséquent, leurs biens sont gelés et les citoyens américains ne sont pas autorisés à commercer avec eux

Les Etats-Unis ont annoncé jeudi une nouvelle vague de sanctions contre le Venezuela, visant cette fois dix responsables soupçonnés notamment d’avoir sapé le processus électoral au moment où le pays est sous la menace d’un défaut de paiement.

«Les Etats-Unis ne vont pas rester sans réagir alors que le régime [du président Nicolas] Maduro continue de détruire l’ordre démocratique et la prospérité au Venezuela», a justifié le ministre américain du Trésor Steven Mnuchin à l’annonce de ces mesures.

Cette décision fait suite aux élections régionales du 15 octobre «marquées par de nombreuses irrégularités qui suggèrent fortement une fraude» électorale, qui a permis au parti de Nicolas Maduro de remporter ces échéances politiques, selon un communiqué du Trésor.

Soupçonnés de censure et de corruption

Washington assure qu’il poursuivra ses «efforts importants pour sanctionner les responsables du gouvernement vénézuélien, qui sont complices des tentatives de Maduro de miner la démocratie, les droits de l’homme, d’inhiber la liberté d’expression».

Parmi les Vénézuéliens visés figurent notamment Sandra Oblitas Ruzza, vice-présidente, et un des responsables du Conseil national électoral, Julian Isaias Rodriguez Diaz, ambassadeur vénézuélien en Italie ainsi qu’Ernesto Emilio Villegas Poljak, ministre de la Culture et ancien ministre de l’Information, ou encore Jorge Elieser Marquez Monsalve, ministre du Bureau de la présidence.

Washington les juge aussi responsables d’avoir censuré des médias ou de corruption dans les programmes alimentaires. En conséquence, «tous les biens de ces personnes sont gelés et les citoyens américains ne sont pas autorisés à commercer avec eux».

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Ces sanctions s’ajoutent à celles du 31 juillet et surtout du 24 août, qui avaient pour objectif de couper les financements accordés au Venezuela en bloquant l’accès aux devises étrangères. Washington avait alors jugé «inacceptable» le régime du «dictateur» Nicolas Maduro.

Les sources de financement coupées

Les sanctions décidées jeudi interviennent alors que le Venezuela est dans une situation économique catastrophique. Le pays a de plus en plus de mal à s’acquitter de ses dettes. Et il est, depuis plusieurs jours, sous la menace réelle d’un défaut de paiement.

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Le Venezuela est riche en ressources pétrolières mais pauvre en liquidités. Ses réserves de devises sont de moins de 10 milliards de dollars (9,7 milliards) alors que sa dette extérieure s’élève à quelque 110 milliards, selon Capital Economics et à plus de 150 milliards, selon d’autres estimations.

Sous l’effet des précédentes sanctions américaines, le Venezuela, déchiré par une crise politique et qui a subi les chutes des cours du pétrole, n’est plus en mesure d’emprunter ou de vendre des obligations au sein du système financier américain. Il lui est ainsi quasiment impossible de sécuriser des financements. Citgo, compagnie pétrolière vénézuélienne basée aux Etats-Unis, où elle a des activités de raffinage et dispose de stations-services, ne peut plus en outre rapatrier des dividendes ou des bénéfices à Caracas. En d’autres termes, toutes les sources de financement potentielles ont été coupées à l’exception de celles émanant de la Russie et de la Chine, les deux plus gros créanciers du Venezuela.

Un accord signé avec la Russie

Vendredi, l’association internationale des produits dérivés (ISDA) va se réunir à New York pour examiner la situation de l’entreprise pétrolière d’Etat vénézuélienne PDVSA, notamment les conséquences du non-paiement le 2 novembre d’échéances sur sa dette. Si l’ISDA l’autorise, les créanciers de l’entreprise pourront notamment faire jouer leurs CDS (credit default swaps), des produits dérivés qui les assurent contre un défaut de paiement.

Le gouvernement a, de son côté, convoqué une réunion de ses créanciers pour lundi en vue de restructurer sa dette, processus qui s’annonce des plus délicats. En effet, tout citoyen et toute banque américaine sont sous le coup de l’interdiction d’acheter de nouvelles obligations ou de négocier des accords proposés par Caracas ou PDVSA.

Le ministre russe des Finances, Anton Silouanov, cité par l’agence Interfax, a annoncé mercredi que la Russie et le Venezuela avaient conclu «un accord pour la restructuration» de la dette de ce dernier, sans donner de chiffres ni de modalités précises. Le pays ruiné pourrait signer cet accord d’ici au 15 novembre mais il ne porterait que sur une petite partie de sa dette extérieure, quelque 9 milliards de dollars, offrant un court répit au Venezuela.

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