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De nouvelles têtes sont tombées à la BBC

Les scandales à répétition ont fait lundi deux nouvelles victimes à la tête de la vénérable maison. De quoi sérieusement mettre en cause, depuis quelques semaines, la réputation d’excellence et de fiabilité de la «Beeb». Et secouer aussi le «New York Times»

«News executives step aside», dit le service audiovisuel britannique, tout comme Sky News: la directrice de l’information de la British Broad­casting Corporation (BBC), Helen Boaden, et son adjoint, Steve Mitchell, ont quitté leur poste. Ce départ intervient dans la foulée de la démission du directeur général du groupe, George Entwistle. Clairvoyant, The Independent avait déjà écrit, vendredi, que «d’autres têtes» allaient tomber et qu’aujour­d’hui, même la position du président du conseil d’administration de la BBC, le dernier gouverneur de Hongkong, Chris Patten, est devenue «intenable».

Ces nouveaux départs ébranlent encore un peu davantage la grande maison, et remettent une briquette dans le fourneau de la presse britannique où se sont déjà consumées les horreurs liées aux écoutes téléphoniques au cœur des tabloïds et à la chute de la maison Murdoch. Ils font suite à un double scandale, lié à la pédophilie cette fois. Cette mise sur la touche se produit, en effet, alors que le groupe est en crise pour sa gestion éditoriale de l’indescriptible barouf qui entoure son ancien animateur vedette Jimmy Savile, accusé de multiples abus sexuels, et de la «dénonciation calomnieuse» d’un ex-haut responsable conservateur.

Dans la tourmente

Le couple qui était à la tête des services d’information attend maintenant les conclusions d’une enquête sur les raisons qui ont conduit la BBC à déprogrammer, à la fin de 2011, un reportage de l’émission Newsnight donnant la parole à des victimes de Jimmy Savile, décédé en octobre 2011. Dévoilée au début du mois d’octobre par une enquête de la chaîne privée ITV, cette nouvelle sombre affaire, où l’on parle de l’agression d’environ 300 enfants et adolescents pendant quatre décennies – parfois dans les locaux même de la BBC – plonge évidemment le groupe audiovisuel public dans une tourmente inédite. D’autant que la crise s’est encore aggravée quand Newsnight a reconnu vendredi avoir diffusé une enquête accusant à tort de pédophilie un ancien responsable conservateur de l’ère Margaret Thatcher.

La tonalité de la presse dominicale a confirmé l’ampleur des dégâts causés au sein de ce modèle universel d’excellence éditoriale – une institution aussi vénérée que la monarchie au Royaume-Uni. Le Mail on Sunday a évoqué «un bain de sang», et The Observer parlé d’«un navire à la dérive se dirigeant vers les récifs». «A tous les étages de la BBC, les réactions oscillent entre effroi, colère et consternation», écrit Le Monde. Quant au Sun, il a simplement et efficacement titré, en reprenant l’acronyme de la BBC, «Bye, Bye Chump»: «Bye, bye crétin».

Et le coup de grâce est venu d’une interview musclée face à un journaliste maison de Radio 4 samedi, où la prestation hésitante de George Entwistle a achevé d’ancrer l’image d’un dirigeant sans réelle emprise sur le cours des événements. D’ailleurs, Charlie Be­ckett, directeur du «think tank» Polis, issu de la London Schools of Economics, pointe du doigt une direction protéiforme, aux allures d’armée mexicaine. «La BBC est dirigée par trop de personnes issues du sérail et il n’y a aucune chaîne de commande claire. Il y a une telle culture d’un système fermé que ce système aurait besoin de renouveler ses têtes pensantes.»

Du coup, il y a une victime collatérale. Mark Thompson, l’ex-patron de la BBC, est arrivé – ce lundi même! – plutôt fragilisé à la tête du New York Times, comme l’expliquent Les Echos: «Il y a trois semaines, la médiatrice du journal, Margaret Sullivan, consacrait sa chronique à la question de savoir s’il était la bonne personne pour assurer le poste [tout comme, cinq jours plus tard, le «columnist» Joe Nocera]. » En cause: les soupçons selon lesquels ce serait lui qui aurait déprogrammé la fameuse enquête de Newsnight.

«Le New York Times (NYT) doit enquêter de manière incisive sur le rôle de Mark Thompson dans la crise de la BBC», concluait-elle, promettant ainsi quelques mois difficiles à son futur patron. Dans un premier temps, Thompson a déclaré qu’il ignorait que la BBC enquêtait sur Savile. Puis il a reconnu qu’il avait été informé, par un journaliste, de la déprogrammation de cette émission.

Le «NYT» partagé

Reste que, selon le bureau new-yorkais de l’AFP, notamment relayé par La Presse canadienne, le NYT a tout de même affiché son soutien, en espérant que l’homme dise vrai. C’était par la voix du président et directeur général par intérim, Arthur O. Sulzberger Jr, lors d’une conférence téléphonique sur les résultats du groupe.

N’empêche, décrypte le site Arrêt sur images, jusqu’à présent, Thompson a reçu cet appui malgré les critiques internes et externes. Car lundi dernier, un long article du NYT soulignait, pour sa part, «que Thompson et son état-major recevaient une sélection quotidienne d’articles de presse concernant la BBC, qu’ils commentaient lors de leur réunion quotidienne. A sept reprises, au moins, ils ont pu lire des articles de la presse britannique évoquant l’affaire Savile.» Le journal se demande donc si «Thompson et son état-major […] ont volontairement évité d’aborder le sujet». Car c’est tout de même un peu gênant, cet aveuglement.

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