Protestations

Nouvelles violences à Hong Kong lors de manifestations interdites

Des milliers de hongkongais ont bravé l’interdiction de manifester et investi des quartiers du cœur de Hong Kong avant que violents heurts n’éclatent avec la police.

Des avenues désertes, des barricades abandonnées ou incendiées, des tags anti-Pékin sur les murs et les abris-bus et des nuages de gaz lacrymogènes: la manifestation de samedi a dégénéré, comme beaucoup s’y attendaient. Le refus de la police d’autoriser le rassemblement pacifique et le récent coup de filet parmi des figures de l’opposition ont attisé les colères et plongé un peu plus le territoire chinois semi-autonome dans la crise.

Selon la police, 80% des demandes de manifestation ont été satisfaites depuis le début du mouvement de contestation au printemps, contre un projet de loi prévoyant les extraditions vers la Chine. Mais parce que «samedi était une date butoir pour beaucoup de jeunes», expliquait vendredi la police, et aux vues de l’escalade des violences du weekend dernier, l’autorisation de manifester demandée par le Front civils des droits de l’Homme n’a pas été délivrée. Les précédents rassemblements organisés par ce groupe, les 9 et 16 juin et le 18 août, n’avaient pas été émaillés d’incidents malgré la très forte participation (jusqu’à 2 millions selon les organisateurs).

Avertissements

Dissuadés par l’interdit et par les nombreux messages d’alerte – diffusés dès le matin dans le métro et par la police – sur de possibles heurts sur l’île de Hong Kong, nombreux sont donc restés chez eux. La police avait martelé la veille que « tout criminel serait passible de poursuites ». Les centres commerciaux de Causeway Bay grouillaient moins que d’ordinaire, le métro était moins bondé, et les boutiques de luxe de Central étaient désertes.

Mais plusieurs milliers de personnes, de tous âges, sont tout de même descendues dans des rues bloquant, par des manifestations statiques ou mobiles, certaines artères des quartiers de Causeway Bay, Wan Chai, Central mais aussi d’Admiralty.

Prises de photos

«Leurs techniques d’intimidation ne fonctionneront pas», affirment en chœur un groupe de lycéennes en référence à la vague d’interpellations de ces dernières heures qui a visé cinq militants de premiers plans et trois députés (sur la petite vingtaine de l’opposition): Cheng Chung-tai, Au Nok-hin et Jeremy Tam. Elles portent des masques et des lunettes noires. «Ne pas manifester aujourd’hui, c’était donner raison au gouvernement. Or, nous sommes dans notre droit quand nous défendons le droit à manifester. Ces libertés sont inscrites dans la Basic Law», qui sert de mini-constitution à la région administrative spéciale de Hong Kong, expliquent les jeunes filles. Des clameurs s’élèvent. Dans un même mouvement, des centaines de manifestants ouvrent leurs parapluies. Ils passent sous une passerelle depuis laquelle on les prend en photo, sans doute la police. Ils ne veulent pas être identifiés.

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Le suffrage universel figure aussi dans la Basic Law, mais n’est pas encore appliqué. «Notre système électoral est totalement verrouillé par le parti communiste qui, pas plus qu’il ne donne la démocratie en Chine, ne nous la donnera», déplore un employé de 52 ans.

Boucliers

Autour de lui, de plus en plus de jeunes surprotégés affluent, certains munis de boucliers fait de bric et de broc, d’autres tirant une énorme banderole assimilant le drapeau chinois à une croix gammée. Ailleurs, des barricades de fortune sont érigées et la circulation arrêtée. Des groupes collent du scotch sur les caméras de surveillance. L’ambiance est tendue et, fait rare, un hélicoptère survole la zone dans un vacarme amplifié par les gratte-ciels.

En fin d’après-midi, la police a utilisé des gaz lacrymogènes pour disperser la foule, les violences ont alors éclaté. A plusieurs endroits, des manifestants ont jeté des cocktails molotov contre des policiers, contre le siège du gouvernement ou un commissariat, du jamais vu depuis l’indépendance en 1997. La police a fait usage de camions à eau déversant un liquide bleu rendant plus facile par les suites les arrestations.

Plan en préparation

Dans la soirée, la contestation s’est propagée au quartier commerçant de Tsim Sha Tsui, de l’autre côté de la baie, mais des slogans résonnaient aussi dans les tours résidentielles de Tseung Kwan O (est), ou les centres commerciaux de Sha Tin (nord) et de Kwun Tong. Sur l’île, la police continuait de jouer au chat et à la souris avec des centaines d’irréductibles, mobiles et déterminés.  

Selon l’agence de presse Reuters, la cheffe de l’exécutif de Hong Kong, Carrie Lam, aurait soumis aux autorités chinoises un plan pour répondre aux cinq revendications des manifestants, dont le retrait définitif (et non sa simple «suspension») du projet de loi sur l’extradition vers la Chine qui a déclenché la crise. Mais Pékin aurait refusé catégoriquement, choisissant plutôt d’agiter la menace d’une répression militaire. Une version qualifiée samedi de «totale intox» par le média Global Times, proche du régime communiste, qui voit une « guerre d’opinion malicieusement lancée par Reuters (…) pour « alimenter la discorde entre Pékin et le gouvernement » de Hong Kong et «provoquer les manifestants».

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