«Oui, l'Allemagne est plus grande que la République fédérale.» Très sereinement, Udo Voigt, président du Parti national-démocratique allemand (NPD), expose volontiers le programme de sa formation politique. Il explique: «La Prusse occidentale, la Silésie, les villes de Breslau (Wroclaw) et de Königsberg (Kaliningrad)» appartiennent à l'Allemagne. «Cela ne fait aucun doute», assène-t-il, assis devant des drapeaux de son pays et de son parti, surmontés d'aigles dorés. L'Allemagne à nouveau conquérante? Le siège du parti d'extrême droite donne plutôt l'impression d'être un camp retranché. Il y a une dizaine de jours, après un débat de plusieurs mois, Otto Schily, le ministre de l'Intérieur, avait annoncé qu'il souhaitait l'interdiction de ce parti. Une demande devrait être déposée prochainement devant le Tribunal constitutionnel de Karlsruhe, la plus haute instance judiciaire d'Allemagne.

Depuis lors, la tension est encore montée d'un cran: la façade jaunâtre du siège du NPD, situé dans le quartier de Köpenick, à l'est de Berlin, est recouverte de graffitis. Le dispositif de sécurité a été renforcé. Après une porte métallique, on passe dans un sas, où, à travers une minuscule ouverture, chaque visiteur doit décliner son identité. On arrive ensuite dans une deuxième pièce, où il s'agit là de montrer ses papiers. Ici, quelques jeunes, habillés tout en noir, achètent du matériel à l'effigie du parti.

A l'étage, le président du NPD tente de calmer le jeu. Le parti est divisé entre modérés, dont il fait partie, et extrémistes, regroupés au sein de la «plate-forme révolutionnaire» dirigée par le néo-nazi Steffen Hupka. Plusieurs de ses dirigeants naviguent en eaux troubles: Uwe Leichsenring, un responsable du parti en Saxe, est accusé de soutien à une organisation terroriste, et Frank Schwerdt, chargé de la formation, a été condamné pour incitation à la violence populaire. Udo Voigt met en doute les excès du passé: «Tout ce que l'on reproche au NPD n'est que suppositions étayées par aucune preuve.»

«Je suis fier de notre histoire»

Les critiques du ministre de l'Intérieur sont pourtant bien précises: «Il y a des similitudes entre ce parti et le NSDAP (le parti nazi, ndlr). […] Le NPD est antisémite, raciste, xénophobe et propagateur de violence.» Dans un rapport, les services de protection de la sécurité intérieure livrent la quintessence de leurs investigations. Ces documents sont en train d'être examinés par les ministres de l'Intérieur des Länder qui devraient décider, jeudi prochain, de déposer une demande d'interdiction du parti extrémiste devant le Tribunal constitutionnel de Karlsruhe.

Le NPD tente depuis peu de se montrer sous des traits sympathiques. Le week-end notamment, le parti organise des Mahnwache, ces stands d'information où sont présentés les arguments du parti contre une interdiction. Il y a une semaine, à Spandau, un quartier de l'ouest de Berlin, Hans-Joachim Klein, président adjoint de la section du NPD du lieu, est ainsi posté là en compagnie de quelques collègues. «Donnons-nous l'impression d'être des extrémistes?» interroge ce maître de pilotage de 56 ans, en présentant ses camarades: un policier à la retraite, un employé de poste, un jeune concierge et un chômeur. Pas de crânes rasés, ni de blousons noirs. M. Klein affirme avoir fait le ménage: «Cette année, j'ai demandé à deux membres de la section de démissionner. Ils approuvaient les camps de concentration.» Malgré tout, Ronny, un jeune concierge de 22 ans présent au stand, explique: «Je suis fier de notre histoire. A l'école, on ne nous a parlé que des mauvais côtés du nazisme.» Le NPD se bat «pour la vérité historique», peut-on lire sur l'un des tracts distribués. Ou encore: «La Wehrmacht et les Waffen-SS étaient parmi les troupes les meilleures et les plus raisonnables de la Deuxième Guerre mondiale».

Les tracts fleurant le révisionnisme et le rejet de l'étranger sont bien ancrés dans les têtes. Hans-Joachim Klein explique s'être engagé en politique après avoir constaté qu'à l'école ses enfants étaient noyés dans des classes où l'on ne parlait presque plus l'allemand. Ronny avance les mêmes arguments: dans son école, dit-il, il y avait 70% d'étrangers. Cela l'a incité à s'engager au NPD. Dans son pull gris et ses pantalons noirs, il donne pourtant l'impression d'être un garçon bien sage comparé aux milliers de skinheads qu'attire le parti. En fait, le NPD se félicite de «socialiser» les jeunes extrémistes, en leur donnant des cours de culture générale, ainsi que des conseils pratiques. Une bonne raison parmi d'autres, estiment les responsables du parti, pour ne pas l'interdire.