Le petit tremblement de terre, attendu mais redouté, a eu lieu. Le parti d'extrême droite NPD, qui revendique la création d'un IVe Reich, entrera au Landtag de Saxe avec près de 10% des voix. C'est la première fois que le NPD entre dans un parlement régional depuis 1968. Les patrons de l'économie allemande et les principaux leaders politiques avaient mis en garde les électeurs contre la mauvaise image que donnerait l'Allemagne en introduisant un parti hostile à la culture politique et aux étrangers.

Mais la mauvaise humeur et le climat d'insécurité qui ont dominé les élections dans les Länder de Saxe et du Brandebourg ont permis aux électeurs de manifester leurs frustrations: ils ont sanctionné massivement les deux grands partis, le SPD, au pouvoir dans le Brandebourg, et la CDU, qui domine en Saxe.

Ce sont les petites formations, les Verts, les libéraux du FDP qui en profitent, de même évidemment que l'extrême droite et les néocommunistes du PDS. Une satisfaction pour les sociaux-démocrates du SPD, qui peuvent souffler: la popularité du ministre-président du Brandebourg, Matthias Platzeck, lui permet de conserver ce seul fief dans les Länder de l'Est.

En Saxe, la CDU fait aussi les frais du mécontentement face aux réformes du gouvernement de Gerhard Schröder. La CDU perd sa majorité absolue qu'elle détenait depuis 1990 et chute de 56,9% à 43%. Il lui faudra faire alliance avec les libéraux du FDP, qui entrent au parlement, pour maintenir la présidence de Georg Milbradt. Le SPD ne pouvait guère tomber plus bas qu'il y a cinq ans et ne recueille que 10% des voix (– 1%). Les néocommunistes du PDS ne profitent que peu de la crise de confiance envers les partis traditionnels et ne recueillent que 23% (+1 %). Ils deviennent toutefois la deuxième force politique du Land.

Mais les néonazis du NPD, qui ont fait campagne sur le ras-le-bol, le rejet du mondialisme et des slogans anti tout, ont mieux su utiliser les frustrations populaires dans ce Land qui pourtant connaît une croissance supérieure aux autres Länder de l'Est (1,5%).

Le PDS, malgré des sondages très positifs, ne sera pas parvenu a s'imposer comme premier parti du Brandebourg. L'effet Platzeck a joué. La popularité du ministre-président, qui a fait campagne sur le thème «il est des nôtres, c'est la voix la plus solide de l'Est», a mobilisé les électeurs sociaux-démocrates. Le SPD, comme la CDU, perd toutefois 6% des voix et retombe à 32%, contre 20% à la démocrate chrétienne, très déçue. L'extrême droite de l'Union du peuple allemand DVU, reste stable (5%). Si en Saxe les Verts peuvent espérer entrer au Landtag, ce ne sera pas le cas au Brandebourg.

Ces élections se déroulaient sur fond de malaise et de mécontentement face aux coupes décidées par le chancelier Schröder dans les prestations sociales. Plusieurs dizaines de milliers de personnes sont descendues dans les rues pour dénoncer la réforme, baptisée plan «Hartz IV», du nom du directeur de Volkswagen, Peter Hartz, qui a présidé une commission gouvernementale de réforme.

Et c'est principalement en ex-RDA qu'ont lieu depuis six semaines les «manifestations du lundi», des marches de protestation contre ces réformes du marché du travail, qui doivent entrer en vigueur en 2005 et qui se traduisent notamment par une baisse des allocations de chômage alors que le chômage y est bien plus élevé qu'à l'Ouest.

Près de quinze ans après la chute du Mur, jamais le pessimisme et la désillusion n'ont été aussi forts à l'Est, selon des études récentes: seul un habitant sur deux y juge le système démocratique actuel satisfaisant (contre 80% à l'Ouest) et près de six sur dix pensent qu'il faudra «plus de dix ans» pour que les conditions de vie et l'économie en ex-RDA s'ajustent à celles de l'Ouest.