Vu de l’extérieur, le téléphone semble parfaitement normal. Les notifications éclairent l’écran, tandis que les échanges s’empilent dans les applications de messagerie. Les appels sont parfaitement audibles, la navigation sur internet est fluide et l’appareil photo fonctionne. Rien ne permet de deviner qu’un logiciel espion ultra-sophistiqué est en train, subrepticement, de s’introduire dans le téléphone pour en prendre le contrôle. Cette discrétion est le principal avantage d’une arme numérique d’un nouveau genre, un logiciel espion nommé Pegasus.

L’organisation Forbidden Stories et Amnesty International ont pu consulter plus de 50 000 numéros de téléphone sélectionnés comme des cibles potentielles de ce programme malveillant, pour le compte de plusieurs Etats, et l’ont partagé avec 16 médias, dont Le Monde. Parmi ces cibles, ce ne sont pas les membres de groupes terroristes ou d’organisations criminelles qui dominent, mais des avocats, des journalistes, des activistes, sans compter des chefs d’Etat, des diplomates et des hauts responsables de services de renseignement, issus de 50 pays.