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Angela Merkel et Donald Trump
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Analyse

Nucléaire iranien: la course effrénée des Européens pour préserver l’accord

Angela Merkel et Emmanuel Macron tentent une dernière fois de convaincre Donald Trump de ne pas déchirer l’accord conclu avec Téhéran en 2015. En proposant au président américain de l’élargir à d’autres problématiques, le président français prend toutefois un grand risque

Une course effrénée des Européens pour tenter de convaincre le président américain de ne pas déchirer l’accord sur le nucléaire iranien conclu par les cinq membres permanents du Conseil de sécurité, l’Allemagne et l’Iran. Après le chef de l’Etat français Emmanuel Macron, c’est au tour d’Angela Merkel d’essayer de ramener Donald Trump à la raison. Ce dernier doit décider d’ici au 12 mai s’il maintient l’accord durement négocié ou s’il réimpose des sanctions économiques à Téhéran.

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Dans l’histoire diplomatique mondiale, les décisions à venir pourraient être lourdes de conséquence. Conclu à Vienne le 14 juillet 2015 bien que largement négocié à Genève et à Lausanne, l’accord dénommé Plan d’action global conjoint (PAGC) avait été décrit comme «historique» tant il mettait fin à une décennie de négociations et pourparlers compliqués, entre Européens et Iraniens d’abord, puis avec les Etats-Unis, la Russie, la Chine et l’Allemagne. Il a vu le jour grâce à un rare alignement astral: à la Maison-Blanche, Barack Obama avait jugé nécessaire de tendre la main à l’ennemi juré de l’Amérique pour résoudre, du moins pour une période de dix ans, un casse-tête nucléaire sans fin.

En Iran, les Gardiens de la révolution ont accru leur emprise sur le pouvoir sous le régime des sanctions internationales. Mais les Iraniens, dépités par une économie moribonde, avaient fait, en 2013, le pari d’élire le modéré Hassan Rohani. Le président iranien avait un objectif: redonner des couleurs à l’économie grâce à cet accord.

Nouvelle géopolitique

Aujourd’hui, la donne est très différente. Face à la volonté du président Trump de déchirer, «pour des raisons internes aux Etats-Unis» ce qu’il considère comme le «pire accord jamais conclu», le président français a fait un pas en direction de Donald Trump, mais prend le risque d’affaiblir l’accord existant en en proposant un supplémentaire. Il suggère de maintenir le Plan d’action global, mais d’en faire l’un des quatre piliers d’un nouvel accord.

Le deuxième pilier consisterait à prolonger au-delà de l’échéance de 2025 le contrôle international de l’activité nucléaire iranienne. Le troisième à empêcher le régime iranien de développer des missiles balistiques et le quatrième à dissuader Téhéran d’interférer en Syrie, en Irak ou encore au Yémen. Le chef de l’Elysée a un but: «Contenir l’Iran dans la région.» La très forte présence iranienne en Syrie – où Téhéran espère maintenir des bases militaires qu’Israël promet, le cas échéant, de détruire – et le rôle grandissant et déstabilisateur de la République islamique dans la région font peur.

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La proposition Macron est louable dans son esprit. Elle cherche à tendre une perche à un Donald Trump très proche sur la question des positions du premier ministre israélien Benyamin Netanyahou, afin d’éviter un abandon pur et simple de l’accord. Elle a toutefois très peu de chances de se matérialiser. Revenir sur un accord qui n’a certes pas le statut d’un traité international, mais qui a été validé à l’unanimité par les quinze membres du Conseil de sécurité, est une manière de bafouer le droit international. Pour les Etats-Unis, ce serait donner un très mauvais signal.

Si Donald Trump devait rencontrer le leader nord-coréen Kim Jong-un, ce dernier pourrait aisément mettre en doute la parole et la fiabilité des Américains. Emmanuel Macron fait courir à la France le même risque. Téhéran aurait beau jeu de se présenter comme celui qui respecte les engagements pris, d’autant que l’Iran peut s’appuyer sur onze rapports de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) certifiant qu’il respecte le PAGC.

L’Iran refuse de renégocier

En juillet 2015 à Vienne, l’Iran faisait déjà l’objet de vives critiques pour ses activités au Moyen-Orient. Mais les six puissances qui ont négocié avec Téhéran ont accepté de conclure un accord qui avait un objectif: stopper un programme nucléaire soupçonné d’être de nature militaire. Personne n’était dupe. Il n’avait pas pour vocation de régler les autres problèmes impliquant l’Iran au Moyen-Orient. A Téhéran, Ali Akbar Velayati, conseiller du guide suprême, a été catégorique: «L’Iran n’acceptera pas le moindre changement à l’accord. […] Et si Trump décide d’en sortir, l’Iran, c’est sûr, en fera de même.» La Russie a aussi signifié son refus de renégocier. Des voix à Téhéran menacent même de dénoncer le Traité de non-prolifération nucléaire. Pour aller de l'avant avec la République islamique avec d'autres éventuels accords, il importe de commencer par respecter le PAGC. Vendredi à la Maison-Blanche, Angela Merkel s'est contentée de déclarer: «L'accord est un premier pas, (...) mais il n'est pas suffisant.»

L’accord n’est bien sûr pas parfait. Il résulte d’un compromis. Mais il a contraint l’Iran à réduire son stock d’uranium enrichi de 98%, son nombre de centrifugeuses de 19 000 à 5060 et à interrompre le développement de son réacteur à eau lourde. Il a surtout mis en place un système de vérification par le biais de l’AIEA «très robuste», concède le secrétaire américain à la Défense Jim Mattis.

Sans les Américains, il ne résistera sans doute pas en raison notamment de l’extraterritorialité des sanctions américaines qui paralysent les investissements étrangers en Iran. Sans accord et avec un Iran prompt à relancer son programme nucléaire, c’est tout le Moyen-Orient qui pourrait se lancer dans une course à la bombe.

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