Nucléaire iranien: délai pour garder l’espoir

Iran Sans accord global, les négociations vont se poursuivre jusqu’en juin 2015

John Kerry appelle Washington à continuer à soutenir le processus

L’accord intérimaire de Genève sur le programme nucléaire iranien a expiré lundi soir à minuit. L’Iran et les grandes puissances (groupe du 5+1, les cinq membres permanents du Conseil de sécurité plus l’Allemagne) n’ont pas trouvé à Vienne de terrain d’entente pour conclure un accord global. Cet échec n’est pour l’heure que provisoire. Les pourparlers vont se poursuivre jusqu’à la fin juin 2015. Les ministres russe et britannique des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov et Philip Hammond, se sont pourtant félicités des «progrès substantiels accomplis». Les discussions sur le programme nucléaire iranien, que l’Occident soupçonne d’être de nature militaire, vont reprendre en décembre dans un lieu qui n’a pas encore été déterminé.

Chef de la démocratie américaine, John Kerry, qui a multiplié les rencontres avec son homologue iranien Mohammad Javad Zarif au cours de ces dernières semaines, a exhorté le Congrès américain et la communauté internationale à continuer de soutenir le processus de négociation: «Nous serions stupides d’abandonner» à ce stade, a-t-il déclaré hier à Vienne, admettant que les pourparlers restaient difficiles. Le président iranien, Hassan Rohani, s’est dit convaincu que les négociations allaient déboucher d’ici à l’été 2015 sur un accord définitif. Les obstacles restent considérables. Les parties ne s’accordent toujours pas sur les capacités d’enrichissement que l’Iran est censé conserver. Pour les Américains, il est essentiel d’étendre à un an le breakout time, soit le temps nécessaire à la fabrication d’une bombe. Pour l’heure, la République islamique dispose de quelque 19 000 centrifugeuses, dont la moitié sont opérationnelles. Les Occidentaux aimeraient réduire ce nombre à quelque 4000, une exigence qui bute encore sur le refus de Téhéran. Autres écueils: la durée du futur accord et le rythme de la levée des sanctions qui étranglent l’Iran.

Pour Barack Obama, les nouvelles de Vienne sont bonnes et mauvaises à la fois. La poursuite du dialogue avec l’ennemi que George W. Bush plaça sur l’Axe du mal en 2002 est positive. La crise relative au nucléaire iranien dure depuis plus d’une décennie. L’attitude intransigeante qui a prévalu chez les Américains avant l’arrivée de Barack Obama à la Maison-Blanche ainsi que chez les Européens, qui insistaient en 2006 encore sur la pré-condition que, pour négocier, Téhéran suspende tout enrichissement d’uranium, a eu un effet désastreux. Elle n’a fait qu’accroître la détermination de Téhéran de poursuivre sa marche vers le seuil nucléaire. De quelques centaines, les centrifugeuses installées par la République islamique sont passées à plusieurs milliers.

L’extension des pourparlers résulte aussi des efforts consentis par le président américain, qui s’est fendu, à la mi-octobre, d’une lettre adressée au guide suprême iranien Ali Khamenei, soulignant les intérêts communs qu’avaient Américains et Iraniens à combattre le groupe djihadiste Etat islamique. Barack Obama avait déjà envoyé à deux reprises le même type de missives au guide suprême, qui a le dernier mot dans le régime (de consensus) iranien. A l’automne 2013, en marge des Nations unies, un coup de fil «historique» entre les présidents iranien et américain avait marqué un pas de plus vers une meilleure compréhension mutuelle entre deux pays qui n’ont plus de relations diplomatiques depuis 1980, même si la Suisse continue de représenter les intérêts américains en Iran. L’ancien secrétaire d’Etat adjoint William Burns avait préparé le terrain en négociant secrètement à Oman quelques mois plus tôt.

La mauvaise nouvelle pour la Maison-Blanche, c’est l’impact que risque d’avoir l’extension des pourparlers sur la scène politique intérieure. Les faucons du Congrès ont jusqu’ici patienté afin de ne pas renforcer le régime de sanctions contre Téhéran. Avec l’avènement d’un Congrès entièrement dominé par les républicains à partir du 3 janvier, la donne pourrait changer. Même dans le camp démocrate, les faucons pourraient s’allier à leurs adversaires pour durcir le ton. L’ex-secrétaire d’Etat de Barack Obama, Hillary Clinton, est sans concession sur le sujet. L’Iran doit, selon elle, renoncer à toute capacité d’enrichissement. Une exigence jugée irréaliste tant par la Maison-Blanche que par bon nombre d’Européens. Il y a quelque temps, le sénateur républicain de l’Illinois Mark Kirk en donnait un avant-goût: «L’administration [Obama] mène une politique qui conduit tout droit à la guerre nucléaire.»

En Iran aussi, les durs du régime pourraient retrouver de la voix. Entre 2003 et 2005, l’échec des négociations entre l’Iran et l’Union européenne menées du côté iranien par… Hassan Rohani, alors chef du Conseil de sécurité national, et Mohammad Javad Zarif, ex-ambassadeur auprès des Nations unies, avait valu à ces derniers d’être marginalisés.

Pour Barack Obama, les nouvelles de Vienne sont bonnes et mauvaises à la fois