Nucléaire iranien: si près, si loin

Diplomatie Les négociateurs ne semblaient pas avoir trouvé un accord à la date butoir

Ils reprendraient les négociations ce mercredi

Un suspense insoutenable. Le groupe dit du 5+1 (cinq membres permanents du Conseil de sécurité, Etats-Unis, Chine, Russie, Royaume-Uni, France + Allemagne) et l’Iran ont tenté en vain, mardi, après une plénière de cinq heures, de conclure un accord sur le programme nucléaire iranien. Le délai pour un accord dit politique expirant hier soir à minuit, les négociateurs se sont néanmoins dits prêts à poursuivre les pourparlers ce mercredi afin de discuter de questions encore «non résolues».

Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, qui a contribué à augmenter la pression sur les discussions du Beau-Rivage Palace en quittant Lausanne lundi pour rencontrer à Moscou le chef de la diplomatie du Vanuatu, est revenu hier après-midi dans la capitale vaudoise. Il s’est dit optimiste: «Rien n’est jamais sûr à 100%. Mais les chances sont grandes si aucun des participants aux négociations ne fait monter les enjeux à la dernière minute.» Si certains n’éprouvent pas de difficulté à négocier au-delà du 31 mars, sachant qu’un accord global devrait être conclu avant la fin juin, Américains et Iraniens sont beaucoup plus tendus. Ils commencent à sentir la pression monter tant au Congrès américain que parmi les ultra-conservateurs en Iran.

Trois obstacles de taille demeurent. Hier soir, les puissances négociatrices n’arrivaient pas à s’entendre sur la durée de l’accord et donc de la stricte surveillance des activités nucléaires iraniennes. Les Américains semblent se contenter, au même titre que Téhéran, d’une période de dix ans, alors que d’autres exigent que ce contrôle s’exerce sur quinze ans. Après une volte-face iranienne sur la question du transfert en Russie d’une partie de l’uranium enrichi, les négociateurs tentent de trouver une manière de diluer le combustible qui resterait en Iran.

Le plus grand écueil semble être celui des sanctions imposées à l’Iran par les Nations unies, l’Union européenne et les Etats-Unis. Les premières mesures de l’ONU ont été prises en 2006 alors que celles prises par les Etats-Unis remontent même jusqu’à la révolution iranienne. Elles interdisent notamment l’importation de matériel lourd pouvant servir à la fabrication d’une bombe, gèlent les avoirs de hauts responsables iraniens. Les sanctions européennes et américaines prennent à la gorge l’industrie pétrolière et gazière ainsi que le système financier iranien. Vu leur nombre, il n’est pas étonnant que la manière de les lever relève du casse-tête.

L’Iran a une stratégie claire. Ses émissaires insistent sur le fait que les sanctions de l’ONU, imposées en vertu de six résolutions du Conseil de sécurité, soient levées dès qu’un accord global est conclu. Leur raisonnement est double. Une levée des sanctions onusiennes aurait une forte valeur symbolique, signifiant le retour de l’Iran dans le concert des nations et la fin de «l’humiliation». Bruxelles et Washington n’ont d’ailleurs jamais hésité à mentionner une violation des résolutions du Conseil de sécurité pour justifier l’imposition de nouvelles sanctions.

Au sein du groupe 5+1, on se dispute toutefois sur la manière de les lever. Les Occidentaux souhaiteraient une levée progressive en fonction des mesures prises par Téhéran pour se conformer à l’accord. La Russie n’est pas d’accord. Elle refuse aussi de créer un mécanisme qui permettrait au groupe du 5+1 de réimposer, le cas échéant, des sanctions contre l’Iran sans nouvelle résolution du Conseil de sécurité.

Pour Barack Obama, la marge de manœuvre est étroite en raison d’un Congrès qui semble davantage s’accrocher aux déclarations du premier ministre israélien Benyamin Netanyahou qu’à celles de leur propre président. Les sanctions américaines ont été imposées tant par le Congrès que par la Maison-Blanche. Barack Obama ne pourra pas lever celles adoptées par le Capitole, mais peut user de son pouvoir exécutif pour lever et modifier d’autres sanctions. Les négociateurs américains à Lausanne ont dû s’assurer de ne pas promettre la levée de sanctions qui ne sont pas du ressort de la Maison-Blanche. L’administration démocrate souligne aussi que l’accord n’aurait pas force obligatoire en vertu du droit international et ne doit donc pas être soumis à l’approbation du Congrès. Il n’est cependant pas exclu que la Maison-Blanche pousse à ce qu’il soit entériné par une résolution du Conseil de sécurité. Dans un tel cas, les républicains du Congrès y verraient un casus belli provoqué par la Maison-Blanche.

Téhéran insiste pour que les sanctions de l’ONU soient levées dès qu’un accord global est conclu