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Nuit de colère à Urumqi

Des émeutes à Urumqi, la capitale du Xinjiang, auraient fait 140 morts dans la nuit de dimanche à lundi, selon Pékin. Les Ouigours en exil accusent l’armée d’avoir tiré dans la foule. Plusieurs pays ainsi que les Nations unies ont appelé «à la retenue»

«A environ 21 heures, huit ou neuf Ouïgours m’ont coincé près de la rue Shiqihu. Ils m’ont demandé à quel groupe ethnique j’appartenais. Je leur ai dit que j’étais un Han (ndlr: l’ethnie chinoise majoritaire) et ils m’ont alors battu.» Cet homme, comme des dizaines de personnes dont les témoignages ont été retranscrits par l’agence de presse officielle Chine nouvelle, a subi la colère de centaines, peut-être de plusieurs milliers d’Ouïgours qui ont manifesté dans la nuit de dimanche à lundi à Urum­qi, la capitale de la province autonome du Xinjiang.

Colonisation

Selon le compte rendu officiel, les manifestants sont sortis en début de soirée dans les rues de la ville: «Ils se sont réunis, ils ont marché et manifesté, et cela s’est transformé en de violents actes de passage à tabac, pillage et incendies.» Des photos et des vidéos diffusées sur Internet et sur les chaînes d’Etat CCTV montrent des hommes, armés de bâtons, de couteaux ou de briques, en train de frapper des gens à terre et de briser des voitures et des vitrines. Officiellement, 261 véhicules, 203 boutiques et 14 logements ont été brûlés. Lundi soir, «le relevé des morts de l’émeute du Xinjiang s’élèverait à 156, et continuerait à progresser». Au moins 828 personnes auraient été blessées – sans qu’aucune précision ait été apportée sur leur origine ethnique. Cette manifestation est la plus sanglante de ces dernières décennies en Chine.

Aim Seytoff, secrétaire général de l’association ouïgoure américaine, fustige les forces de l’ordre. «Ces jeunes Ouïgours se sont rendus pacifiquement dans les rues, mais plus de mille policiers sont sortis. On nous a dit qu’ils avaient commencé à tirer aveuglément.» Des photos amateur témoignent d’épais cordons de policiers vêtus de leur combinaison d’assaut, masque sur le visage et bouclier en plexiglas à la main, bloquant des centaines de personnes dans une avenue.

Les manifestants s’étaient déplacés pour exprimer leur mécontentement après la mort, le 26 juin, de deux ouvriers ouïgours après une bagarre avec leurs collègues han dans une usine de la province méridionale du Guangdong. Selon Chine nouvelle, une enquête a été ouverte.

«Colons» han

Pékin cherche depuis longtemps à favoriser l’installation massive des Han afin de réduire l’influence des Ouïgours. Ils arrivent chaque année par dizaines de milliers pour inverser l’équilibre de la province: 10 de ses 19 millions d’habitants sont Ouïgours. L’objectif est d’uniformiser la mémoire culturelle locale. La destruction entamée il y a peu de la partie ancienne de la ville de Kashgar, et sa reconstruction selon les modèles modernes, en est un exemple. But? Accueillir toujours plus de nouveaux venus. Les «colons», mutés parfois d’office ou avec d’importants avantages financiers vers cette province éloignée, commencent à s’imposer au plan économique.

Les premiers affrontements sérieux entre le régime chinois et des autonomistes du Xinjiang, engendrés par ce changement d’équilibre, remontent aux années 1990. Une poignée d’hommes réclament la libération de leur pays, annexé en 1955 par la Chine populaire. Leur cause demeure pourtant largement méconnue en raison de l’absence d’un meneur aussi charismatique que chez les Tibétains le dalaï-lama. Un deuxième élément joue en leur défaveur: les Ouïgours sont majoritairement musulmans. Cela permet à Pékin de réutiliser l’idée de «guerre contre la terreur» pour qualifier certains Ouïgours de terroristes.

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