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Les militants de «Nuit debout» le 1er avril à Paris.
© STEPHANE BURLOT

France

«Nuit Debout», en attendant le Grand Soir

Le projet de loi controversé sur la réforme du code du travail accouchera-t-il d’un nouveau mouvement massif de protestation chez les jeunes français? Place de la République, à Paris, les meneurs des opérations «Nuit debout» rêvent en tout cas d’ébranler la gauche au pouvoir à coup d’opérations commandos

Le drapeau rouge flotte sur la place de la République. Virgile, étudiant de 24 ans en rupture d’université, n’est pas peu fier de son coup d’éclat: mercredi vers midi, ce membre du comité d’action des «Nuit Debout», le mouvement de jeunes qui, chaque soir, se réunit pour protester contre le projet de loi travail, a réussi à grimper avec son calicot révolutionnaire sur l’imposante statue.

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Coincé à la hauteur du mot Liberté, juste au-dessus d’une banderole «Même pas peur» d’hommage aux victimes des terroristes du 13 novembre, le fanion rouge frappé du slogan «Rêve général» fait désormais écho aux petits morceaux de tissus, rouges eux aussi, que ses compagnons de lutte ont agrafés sur leurs chemises ou sur leurs pulls.

Virgile est l’un dix «meneurs» dont le numéro de téléphone et les coordonnées électroniques figurent sur la feuille qui circule de main en main. Une dizaine de «Nuit Debout» sont ici, prêts à «remettre la gomme», et à poursuivre le mouvement jusqu’à la nouvelle mobilisation nationale du 9 avril. Un sit-in qui se veut «étincelle». Assis en tailleurs et en cercle, ils devisent sur les prochaines initiatives, à Paris et en province où d’autres comités d’action sont, selon eux, «en train de s’organiser».

«Fat Light», l’un des coordinateurs caché sous un pseudonyme, énumère les appels reçus: Nantes, Marseille, Nice, Strasbourg… Il désigne «Nico», l’un des orateurs, comme le coordinateur du jour, et nomme Diane et Ambre, deux étudiantes parisiennes, à l’intriguant «comité d’accueil et de sérénité». François Rufin, le réalisateur du documentaire «Merci Patron» qui s’en prend au groupe de luxe LVMH, n’est pas loin. Il est au cœur de ce dispositif contestataire. «Tous les soirs, des nouveaux viennent nous rejoindre explique Diane. Alors on les reçoit et on les guide. Notre but, c’est de disséminer un max».

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A l’entrée de la place, autour d’un kiosque rouge, un QG a été installé. S’y côtoient sans abris, migrants en situation irrégulière et jeunes en rupture de ban. Une bâche bleue abritera la future coordination étudiante. Au sol, les slogans graffités ont un air de mai 68. A coté du «Rêve général»? «Préavis de Rêve», «Révoltez-vous», «Etat d’urgence, Expect Resistance!» ou «Que revive la Commune», référence à l’insurrection ouvrière parisienne de 1871.

Un mouvement de grande ampleur

Le début de quelque chose? Oui, si l’on en croit les échos parvenus ici, à bout de téléphone portable, et d’informations relayées sur les applications Périscope (vidéo) et surtout Télégram, une application de messagerie sécurisée. A voix basse, un petit groupe parle d’une mobilisation prochaine, à la mi-avril, contre Starbucks ou Mac Donald. Les journalistes sont redoutés. La confidentialité est le mot d’ordre. Les «Nuit Debout» redoutent interférences et infiltrations.

Lire aussi: Périscope, relais de la mobilisation citoyenne

Je n’exclus pas un mouvement de grande ampleur. La colère de la jeunesse est réelle.

En France, cette mécanique est familière. Bernard Spitz, auteur de «On achève bien les jeunes» (Ed. Grasset), se souvient de la grande mobilisation lycéenne et étudiante de 1986. Tout avait commencé ainsi. Puis une escouade de CRS avait coincé le jeune Malik Oussekine, décédé à la suite de violences policières le 6 décembre 1986. «Je n’exclus pas un mouvement de grande ampleur. La colère de la jeunesse est réelle. L’épuisement des forces de l’ordre mobilisées contre le terrorisme est une évidence. Un dérapage et tout peut s’enflammer» redoute-t-il.

Lire aussi: Bernard Spitz: «Tout peut arriver, y compris le pire»

Depuis des jours, les images de policiers en uniforme en train de frapper Adan, un lycéen parisien, font le buzz sur les réseaux sociaux. L’auteur des coups a été sanctionné. Mais pour Alice et Raj, élèves au collège Beaumarchais, le mal est fait: «C’est bien la preuve qu’ils ont peur de nous» assènent-ils, en déballant leur fast-food. Une jeune enseignante, venue relire ses copies corrigées au soleil, prête l’oreille: «Je confirme: nos élèves sont mobilisés. La loi El Khomri est diabolisée»

Que contient ce texte? Pourquoi le vouer aux gémonies? Comment remédier au chômage des jeunes si les entreprises, apeurées, n’embauchent pas? Les questions du Temps irritent le «comité d’action», et la «cellule communication» des «Nuit Debout», qu’épient de loin deux policiers en civil. «Notre mouvement, c’est celui du ras-le-bol poursuit «Nico». Notre premier objectif c’est de faire reculer ce gouvernement. Après, on commencera à construire une alternative».

Un militant de Podemos, le parti des indignés espagnols, s’exprime à son tour. Il dit être là par hasard, mais d’autres affirment, grandiloquents, qu’il est «envoyé par Madrid» pour «épauler l’insurrection française». Le Rêve d’une solidarité étudiante européenne plane sur le pavé de la République. Les liasses de tracts photocopiés arrivent. Ils sont, comme chaque soir depuis le début du mouvement à l’issue de la manifestation du 31 mars, des centaines à se tenir là et promettent qu’ils reviendront. Leur flamme, a priori, semble loin d’être éteinte.

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