France

«Nuit debout», le Occupy des parisiens

Trois nuits que la place de la République accueille jeunes en colère contre le projet de loi sur le travail, déçus de la gauche, nostalgiques de mai 1968 et rêveurs d'une vie plus fraternelle, en ce «33 mars». Ce matin, la police a évacué les lieux

Pour la troisième nuit consécutive, des manifestants - initialement plusieurs centaines - ont occupé dans la nuit de samedi à dimanche la place de la République à Paris pour s'opposer entre autres à une réforme du droit du travail, avant d'être évacués de force au petit matin.

Creuset de la fatigue française

Ce mouvement spontané baptisé «Nuit debout» est apparu dans la foulée de rassemblements convoqués par des organisations syndicales, étudiantes et lycéennes pour demander le retrait du projet de loi sur le travail présenté par le gouvernement socialiste français, et qui continue de provoquer rejets et appels à manifester.

Mais le mouvement agrège aussi, sous les hashtags #NuitDebout ou #32mars ou #33mars sur les réseaux sociaux, d'autres revendications politiques ou sociales.  Et nombre de participants y voient l'amorce d'un phénomène informel comme les mouvements «Occupy» nés dans divers pays, ou comme celui des «Indignés» de la Puerta del Sol, apparu en 2011 à Madrid pour dénoncer l'austérité et la corruption. La place de la République, faut-il le rappeler, est là aussi où se sont tenus plusieurs des rassemblements contre les attentats de Paris en novembre, traditionnel et emblématique lieu de fraternité.

Au petit matin, les quelques dizaines de manifestants encore sur la place ont été délogées par les forces de l'ordre. «Encore une fois... les flics pour +nettoyer+», a twitté dimanche matin le compte @nuitdebout, ajoutant: «ça ne va pas arrêter notre mouvement».

Des jeunes, mais pas que

Les centaines de manifestants, qui avaient occupé la place de nuit, sont en majorité plutôt jeunes. Certains sont venus pour protester contre la loi sur le travail. D'autres accusent le gouvernement de se livrer à des «dérives sécuritaires» dans la foulée des attentats jihadistes qui ont frappé Paris. D'autres encore dénoncent des «violences policières» survenues pendant certains rassemblements contre la loi sur le travail. Hier, un policier a été suspendu après avoir frappé un lycéen cette semaine lors d'une manifestation.

Des bâches sont tendues entre les arbres de la place, et des tentes sont disséminées sur la vaste esplanade. Une scène a été installée. Des sandwiches sont préparés par des bénévoles. Il n'y a pas d'organisateurs, mais des commissions créées à la hâte: action, communication, intendance...

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«Il faut arrêter de vouloir structurer un mouvement, sinon il arrête d'être un mouvement», s'écriait samedi soir dans un mégaphone un manifestant, Michel, applaudi par la foule rassemblée sous la pluie.

«On décentralise, et on décide de tout en assemblée générale: on a des centaines de personnes qui doivent travailler ensemble du jour au lendemain«, a déclaré Cassien, 24 ans.

Killian, 20 ans, étudiant en audiovisuel, qui en était à sa troisième nuit sur la place de la République, a dit croire en «un +Occupy+ comme dans les autres pays». Il attend surtout «le retrait de la loi El Khomri», du nom de la ministre du Travail Myriam El Khomri, mais rêve d'une «révolution».

Entre chômage massif des jeunes, paupérisation des béances de ses capacités d'intégration, et effacement inéluctable de sa puissance internationale, la France souffre. #Nuitdebout ne représente pour l'instant qu'une partie des malades, des jeunes éduqués, cosmopolites, des intellectuels déclassés, des travailleurs mis au rebut qui croient encore en la politique, à défaut de croire en «les» politiques. Ceux-ci feraient bien d'écouter.

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