Une longue nuit d’émotion et de recueillement a marqué le premier anniversaire du violent séisme de L’Aquila. Le 6 avril 2009, 308 personnes avaient trouvé la mort et la capitale des Abruzzes avait été transformée en champ de ruines.

A 3h32 du matin, heure précise à laquelle le tremblement de terre de magnitude 6,3 a frappé, 25.000 personnes se sont rassemblées sur la place de la cathédrale, au coeur de cette cité médiévale au riche patrimoine artistique.

308 coups de cloche de l’église Santa Maria del Suffragio, lourdement endommagée par le séisme, ont retenti en hommage aux victimes: leurs noms ont été égrenés. Beaucoup de gens ont pleuré, une personne a fait un malaise.

Cette cérémonie poignante avait été précédée d’une longue marche aux flambeaux rassemblant les familles des victimes, de simples citoyens mais aussi des volontaires qui avaient participé aux secours. Centre-ville inhabitable

Hommes et femmes de tous âges ont défilé en silence et dans le froid, bougies, cierges ou torches à la main, dans les rues du périmètre sécurisé du centre-ville, toujours inhabitable en raison des gravats qui l’envahissent.

Certaines familles de victimes étaient venues avec de grandes photos de leurs proches disparus. Le père de Matteo Vanucci, un étudiant, témoigne: «Un an est passé, mais nous n’avons pas encore retrouvé la force de vivre».

Sur la place de la cathédrale, les flammes des bougies et des flambeaux illuminent la statue érigée par les pompiers en mémoire des victimes. La foule s’est ensuite dispersée, une partie des participants se retrouvant pour une messe à la basilique de Collemaggio. Berlusconi absent

Grand absent de cette commémoration: le président du Conseil Silvio Berlusconi qui s’est contenté d’adresser un message aux habitants dans lequel il s’est engagé à «poursuivre l’engagement du gouvernement en faveur de L’Aquila».

Commentant cette absence, le recteur de Collemaggio, Nunzio Spinelli, a affirmé à la presse que «Berlusconi n’était pas venu parce que, sinon, il aurait été sifflé».

Bien que le chef de gouvernement s’enorgueillisse d’avoir donné une réponse «exemplaire» à la tragédie, sur les 120.000 habitants de L’Aquila et villages avoisinants, plus de 52.000 n’ont pas réintégré leur habitation.

Et quelque 14.000 ont reçu des logements flambant neufs surnommés les maisons Berlusconi, mais au milieu de nulle part et sans transports, services publics ou magasins. Critiques sur la gestion

Un sujet délicat abordé lundi soir en présence de centaines d’habitants massés sous une tente pour un conseil municipal extraordinaire, au cours duquel des voix se sont élevées pour critiquer la gestion post-séisme.

«La ville est restée figée, vidée de ses habitants, il y a eu seulement quelques mises en sécurité», a critiqué Anna Colasanto, habitante membre du «comité des brouettes», qui a manifesté plusieurs dimanches de suite pour se réapproprier le centre historique envahi par les décombres.

Le maire a appelé l’assistance «à regarder vers l’avenir alors que, jusqu’à présent, c’était le temps de la douleur», demandant au gouvernement de créer une «taxe spéciale de solidarité».

Le chef de la protection civile, Guido Bertolaso, a pour sa part estimé à 7-8 ans la durée de la reconstruction. Doté des pleins pouvoirs après le séisme, il est lui-même soupçonné d’être impliqué dans des malversations lors de l’octroi de marchés publics.

D’autres cérémonies étaient prévues mardi à L’Aquila, notamment une grande chaîne humaine avec lâcher de ballons.