C'est le 4 mai prochain que doit s'ouvrir à Paris le procès des complices présumés dans le massacre de la rédaction de Charlie Hebdo, survenu le 7 janvier 2015. Le Covid-19 pourrait empêcher celui-ci de s'ouvrir, mais l'épidémie n'a pas fait dérailler le travail du parquet national antiterroriste qui enquête depuis cinq ans sur les attentats du 13 novembre 2015 qui suivirent. Lundi, celui-ci a confirmé le renvoi de 20 personnes devant la justice pour avoir commandité les attaques contre le stade de France, les terrasses de café parisiennes et le Bataclan ou avoir participé ou collaboré à ces dernières. Ces attentats avaient fait 130 morts et 350 blessés. Le procès devrait avoir lieu au début 2021 et durer six mois. 

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Parmi les 20 accusés figure en premier lieu le Franco-Belge Salah Abdeslam, seul membre encore en vie des commandos qui ont frappé des terrasses de bar et la salle de spectacles du Bataclan au cœur de la capitale, ainsi que les abords du Stade de France, lors de ces attaques revendiquées par l'organisation Etat islamique (EI). Abdeslam a déjà été condamné par la justice belge à 20 ans de prison en juin 2018 pour «tentative d'assassinat terroriste» pour des faits survenus quelques jours avant son interpellation, en mars 2016 à Bruxelles. Il n'a pas fait appel. 

Salah Abdeslam, détenu en France depuis près de quatre ans et placé à l'isolement, sera jugé notamment pour «association de malfaiteurs terroriste criminelle», «meurtres en bande organisée en relation avec une entreprise terroriste». Au cours de l'enquête, il a quasi systématiquement gardé le silence face aux magistrats instructeurs qui l'ont convoqué une dizaine de fois.

Le document du parquet national antiterroriste compte 348 pages. Il conclut l'enquête menée par cinq juges instructeurs, et résume le contenu de 472 tomes et d'un million de pages de documents. Des travaux ont d'ailleurs déjà commencé au cœur de l'historique Palais de justice de Paris, situé sur l'île de la Cité, afin de construire une salle d'audience suffisamment grande et sécurisée pour accueillir les débats. En plus des accusés, plus de 1750 parties civiles ainsi que des centaines d'avocats et de journalistes sont attendus.

«Association de malfaiteurs terroriste criminelle»

Quatorze des suspects sont aujourd'hui aux mains de la justice française ou de son homologue belge dans ce dossier, dont des logisticiens, convoyeurs et intermédiaires présumés. Onze d'entre eux sont placés en détention provisoire et les trois autres sous contrôle judiciaire. Cinq autres personnes sont toujours en fuite, visées par un mandat d'arrêt. Un homme est détenu en Turquie, Ahmed Dahmani. Les cinq fugitifs sont présumés morts en zone irako-syrienne durant la guerre car ils combattaient au sein de l'Etat islamique.

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Le Belge Oussama Atar, soupçonné d'avoir planifié les attentats depuis la Syrie, sera, lui, jugé en son absence pour «direction d'une organisation terroriste» et «complicité de meurtres en bande organisée». Les investigations ont mis au jour une cellule djihadiste bien plus importante derrière ces attentats revendiqués par l'organisation Etat islamique, avec des ramifications à travers l'Europe, essentiellement en Belgique.

Le 22 mars 2016, elle avait aussi frappé à l'aéroport et dans le métro de Bruxelles, faisant 32 morts. Le procès de cet attentat débutera après la clôture du procès en France, «probablement en septembre 2021».