«Chaque nuit, des quartiers de Bujumbura sont attaqués»

Burundi L’ONU dénonce les violences croissantes commises par des miliciens contre les opposants au président Pierre Nkurunziza

Le Burundi est au bord du précipice. Dix ans après la terrible guerre civile qui a fait 300 000 morts, chacun sait ce que cela signifie. «Le matin, au bureau, on se raconte quel quartier a été attaqué par les miliciens pro-gouvernementaux. Les pères sont fatigués d’avoir fait la ronde durant la nuit. Quand ils sifflent, les habitants accourent pour repousser les assaillants avec des pierres», témoigne un humanitaire basé dans la capitale Bujumbura, sous le couvert de l’anonymat.

Mardi, l’ONU a également mis en cause la milice pro-gouvernementale Imbonerakure, qui harcèle les opposants à la réélection du président Pierre Nkurunziza. Contestée par la rue, la candidature de l’ancien chef rebelle hutu à un troisième mandat est «non négociable», a répété hier un porte-parole du gouvernement.

«Appels de gens terrifiés»

Les élections législatives et présidentielle ont respectivement été fixées au 26 juin et au 15 juillet. L’opposition et la société civile contestent ce calendrier et réclament le retrait de la candidature du président. Elles font valoir que la commission électorale n’est plus légitime depuis que deux de ses cinq membres ont fui le pays. Ces échéances avaient déjà été repoussées suite à la tentative de putsch contre le président au mois de mai. Depuis, la répression s’est encore accélérée.

«Nous avons reçu des témoignages concordants indiquant que les membres des Imbonerakure agissent en suivant les instructions du parti au pouvoir et avec le soutien de la police nationale et des services de renseignement, qui leur fournissent des armes, des véhicules et parfois des uniformes», a dénoncé le haut-commissaire aux droits de l’homme, Zeid Ra’ad Al Hussein, dans un communiqué très alarmiste. «Si les autorités étatiques sont en effet en collusion avec une milice violente et sans loi, elles jouent avec l’avenir du pays de la manière la plus irresponsable qui puisse être imaginée.»

«Chaque jour, nous recevons 40 à 50 appels de tout le pays lancés par des gens terrifiés, à la recherche d’une protection ou souhaitant rapporter des abus», a-t-il indiqué. L’ONU a recueilli des témoignages de réfugiés burundais faisant état d’exécutions sommaires, d’enlèvements, de tortures et d’intimidations en tout genre. Quelque 100 000 personnes ont déjà quitté le pays pour fuir les persécutions ou par crainte de violences à large échelle. «La grande majorité a fui à cause des rumeurs terroristes propagées par des politiciens qui ne veulent pas des élections, aidés par certains étrangers, ainsi que par certaines ONG qui veulent faire replonger le Burundi dans le chaos», a estimé le porte-parole du gouvernement.

Un réfugié de 19 ans originaire de la province de Makamba (sud) a expliqué à l’ONU que sa maison avait été attaquée et pillée de nuit par des membres des Imbonerakure et que son père avait été poignardé à mort parce qu’il avait refusé de rejoindre le parti au pouvoir, le CNDD-FDD.

De nombreux réfugiés ont déclaré que des menaces avaient été écrites sur les portes ou murs de leurs maisons ou sur celles d’autres personnes. Un réfugié interviewé au Congo-Kinshasa a déclaré avoir trouvé le message suivant sur sa porte: «Tu peux fuir où tu veux mais nous te retrouverons.»

«Dans la capitale, les habitants peuvent au moins se protéger mutuellement. Nous avons moins d’informations sur ce qui se passe en province. Car il n’y a plus de média indépendant», continue l’humanitaire. «Le pouvoir tente également de jouer la majorité hutue contre la minorité tutsie, mais la population ne veut pas revivre les massacres des années 1990 et 2000.»

Tout aussi inquiétant, des informations concordantes font état de la constitution d’une nouvelle rébellion, formée notamment des militaires qui ont échoué à renverser le président. L’ONU a ainsi appelé l’opposition à continuer de protester pacifiquement.